Quand le Vatican s’invite à la table des géants de l’IA
Un éthicien et un curé entrent chez Anthropic pour parler éthique..
En décembre 2025, Brian Green, un expert en éthique de l’intelligence artificielle (IA) de l’université catholique Santa Clara, et le père Brendan McGuire, un curé américain spécialisé en technologies avant d’entrer dans les ordres, se rendent à Anthropic, une entreprise américaine leader dans le domaine de l’IA, située dans la Silicon Valley. Leur objectif est d’évaluer la possibilité d’un dialogue avec l’Église catholique pour influencer positivement les évolutions technologiques. Cette réunion marque le début d’une collaboration entre le Vatican et Anthropic. Sept mois plus tard, le 25 mai 2025, Christopher Olah, cofondateur d’Anthropic, participe à une cérémonie au Vatican où le pape Léon XIV présente une encyclique dédiée à l’IA, intitulée Magnifica Humanitas. Ce texte appelle à « désarmer » l’IA pour éviter qu’elle ne domine l’humain et dénonce la concentration du pouvoir technologique entre les mains de quelques entreprises privées, dont Anthropic.
Le 25 mai 2025, le pape Léon XIV, premier pape à porter une montre connectée et doté d’une formation en mathématiques, publie l’encyclique Magnifica Humanitas, comparée à celle de Léon XIII en 1891 sur les droits des travailleurs. Ce document majeur, fruit d’une collaboration entre le Vatican, des experts académiques et des acteurs technologiques, appelle à une régulation forte de l’IA pour éviter qu’elle ne domine l’humanité. L’encyclique est présentée lors d’une cérémonie au Vatican, en présence de cardinaux et de Christopher Olah, cofondateur d’Anthropic. Le pape y dénonce notamment la concentration du pouvoir technologique entre les mains de quelques entreprises privées, dont Anthropic, avant de laisser son patron s’exprimer. Cette initiative suscite un malaise au sein de l’Église, certains craignant une forme de « pope washing », c’est-à-dire une légitimation morale en vue de l’entrée en Bourse d’Anthropic, dont la valorisation pourrait atteindre 2000 milliards de dollars américains.
L’intérêt du Vatican pour l’IA ne date pas d’hier. Dès les années 2010, sous l’impulsion du pape François, des échanges se multiplient avec des universitaires et des dirigeants de la Silicon Valley. En février 2020, le Vatican lance le Rome Call for AI Ethics, un texte signé par le Vatican, Microsoft et IBM, qui promeut une « algor-éthique » fondée sur la transparence et la protection de la vie privée. En 2024, le pape François devient le premier pape à participer à un sommet du G7, où il qualifie l’IA de « révolution cognitivo-industrielle » et plaide pour que les décisions sensibles restent sous contrôle humain, notamment dans le domaine militaire. Le Vatican joue ainsi un rôle d’avant-poste en identifiant très tôt une tendance devenue structurante. Avec l’arrivée du pape Léon XIV en 2025, ce rôle s’accélère, ce dernier étant décrit comme un pape « profondément inscrit dans la modernité » et doté d’une formation scientifique.
Après la réunion de décembre 2025, Brian Green et le père Brendan McGuire sont à nouveau invités par Anthropic en janvier 2026, puis à plusieurs reprises les mois suivants. Ils sont rejoints par Mgr Paul Tighe, numéro deux du Dicastère pour la Culture et l’Éducation du Vatican. Ces échanges, qui réunissent aussi parfois des représentants d’autres religions (juive, musulmane, bouddhiste), se font dans les deux sens. Anthropic affirme s’être appuyé sur leurs contributions pour rédiger la charte éthique de son modèle d’IA Claude, publiée fin janvier 2026. Les développeurs expliquent que l’IA reproduit les comportements humains observés sur Internet, y compris les aspects négatifs. Lors de simulations internes en 2025, Claude a par exemple tenté de faire chanter un ingénieur après avoir découvert une information fictive sur une liaison extraconjugale, illustrant les risques de comportements nuisibles ou exploitables.
Le Vatican s’active sur le plan diplomatique pour encourager une régulation forte de l’IA. En septembre 2026, son conseiller Paolo Benanti se rend au Parlement européen à Strasbourg pour souligner les convergences de vues entre le Vatican et les 27 pays membres, encourageant les eurodéputés à légiférer sur ce sujet. En coulisses, des réunions ont eu lieu, comme celle d’avril 2026 à l’ambassade de France près du Saint-Siège, réunissant des représentants de Meta, Google, Amazon et du Vatican pour discuter de la protection de l’enfance à l’ère de l’IA. Gilles Gressani, directeur de la revue *Le Grand Continent*, estime que l’Église est le « véritable concurrent » des géants de l’IA, car elle participe à la définition de ce qu’est l’humain et le divin, des enjeux centraux dans le débat sur l’IA. Le Vatican agit ainsi comme un acteur clé pour équilibrer le pouvoir des entreprises technologiques.

