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Géopolitique

Derrière le succès de la consigne en Hongrie, une véritable “mafia des bouteilles”

Courrier International · mis à jour 5 oct.

Deux ans après son lancement, le système de consigne est une “réussite écologique”, relève la presse hongroise. Mais le dispositif est entaché de défaillances, se traduit par un amas de déchets et est à l’origine d’une économie souterraine, symptôme d’une profonde misère chez les plus démunis..

Consigne hongroise en 2024

En Hongrie, un système de consigne a été mis en place en 2024 pour encourager le recyclage des bouteilles en plastique et en verre. Ce dispositif permet aux habitants de déposer leurs bouteilles vides dans des automates dédiés, qui leur remboursent 50 forints (soit environ 0,14 euro) par bouteille. Cette somme peut être récupérée sous forme de bon d'achat, de virement bancaire ou donnée à une association caritative. Le taux de collecte atteint 90 % en deux ans, ce qui en fait une réussite écologique selon la presse hongroise. Cependant, ce système a aussi donné naissance à une économie informelle autour de la collecte des bouteilles, révélant des enjeux sociaux plus larges.

Acteurs de la collecte

Les personnes qui collectent les bouteilles consignées en Hongrie ne se limitent pas aux sans-abri. On y trouve aussi des habitants démunis de Budapest, des travailleurs venus des zones rurales, des retraités modestes, ainsi que de nombreux toxicomanes. Ces collecteurs, surnommés les chasseurs de bouteilles, parcourent la ville pour récupérer les bouteilles et les revendre ou les échanger contre de l'argent. Certains groupes organisés se déplacent même en train depuis d'autres régions pour se partager les territoires de collecte. Selon le tabloïd hongrois Blikk, cette activité rapporte plus qu'un poste de nuit en restauration rapide, ce qui explique son attractivité malgré les conditions difficiles.

Problèmes sociaux révélés

La prolifération des collecteurs de bouteilles met en lumière une crise sociale et sanitaire à Budapest. Les médias hongrois, comme Valasz Online, soulignent que ces pratiques révèlent une misère profonde chez les plus démunis, notamment la précarité des classes populaires et des retraités. Par ailleurs, les collecteurs renversent souvent les poubelles publiques chaque soir pour récupérer les bouteilles, ce qui crée des nuisances pour les citadins et rend les espaces publics moins sûrs et moins propres. Cette situation interroge la solidarité des habitants et des autorités face à ces enjeux, alors que le système de consigne était initialement conçu pour favoriser le recyclage et l'environnement.

Économie souterraine et mafia

L'ampleur de la collecte des bouteilles a donné naissance à une économie souterraine, voire à une mafia des bouteilles selon certains médias hongrois. Des groupes organisés contrôlent des zones de collecte et exploitent cette activité pour générer des revenus importants. Le tabloïd Blikk évoque des réseaux qui se partagent les territoires comme une entreprise criminelle, avec des méthodes parfois violentes. Cette économie informelle, bien que lucrative pour certains, aggrave les problèmes sociaux et environnementaux, car elle détourne l'objectif initial du système de consigne, qui était de réduire les déchets et de promouvoir le recyclage de manière équitable.

Ce que ça pourrait changer

Le succès du système de consigne en Hongrie montre que les politiques publiques peuvent avoir des effets inattendus. Si le taux de collecte de 90 % est remarquable, les autorités doivent désormais faire face aux conséquences sociales et environnementales de cette économie informelle. Les médias locaux appellent à une réflexion plus large sur la manière de concilier recyclage, justice sociale et sécurité urbaine. Le défi pour les pouvoirs publics est de trouver un équilibre entre la promotion du recyclage et la protection des espaces publics, tout en luttant contre les réseaux organisés qui profitent de la précarité des habitants.

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