Peu de femmes et de minorités dans les circonscriptions gagnables
Une compilation du «Devoir» montre que la parité et la diversité pourraient reculer à l’Assemblée nationale..
Lors des élections québécoises de 2026, seulement cinq candidats issus des minorités visibles (sur 112 au total) se présentent dans des circonscriptions où leur parti a plus de 99,9 % de chances de gagner. Ces candidats représentent 4,5 % des candidats de la diversité placés dans des circonscriptions gagnables. Parmi les 523 autres candidats ne faisant pas partie d’une minorité visible, 85 (16 %) sont dans cette situation. Les minorités visibles représentent 16 % de la population québécoise en 2021, selon le recensement. Cette sous-représentation s’explique par des biais inconscients lors des nominations, selon Marc-André Bodet, professeur à l’Université Laval. Les partis politiques placent moins souvent les candidats de la diversité dans des circonscriptions sûres, limitant ainsi leurs chances d’être élus.
Les femmes représentent 46 % des candidatures aux élections de 2026, mais seulement 42 % (40 candidates) des 95 circonscriptions où un parti est donné favori. Les hommes, eux, occupent 58 % de ces circonscriptions gagnables. Valérie Caron, directrice du Groupe Femmes, politique et démocratie (GFPD), souligne que ce déséquilibre met à risque la représentation féminine à l’Assemblée nationale. En 2022, les femmes représentaient 46,4 % des députés, un sommet historique. Le GFPD craint un recul, notamment en raison de la faible proportion de femmes dans les circonscriptions sûres. Le Parti conservateur du Québec se distingue avec 73 % de candidatures masculines et seulement 27 % féminines.
Les études citées par Marc-André Bodet indiquent que les responsables des associations locales, souvent eux-mêmes issus de la majorité, ont des biais inconscients lors de la sélection des candidats. Ces biais limitent l’accès des femmes et des minorités aux circonscriptions gagnables. Bodet précise que l’électorat québécois n’est pas hostile à ces candidatures, mais que le problème vient du processus de nomination. Par exemple, Québec solidaire a dû déroger à sa règle réservant les circonscriptions détenues aux candidatures féminines ou non binaires pour y placer son candidat vedette, Alexandre Boulerice, dans Gouin. Cette décision a suscité des débats, montrant une prise de conscience progressive des enjeux de représentation.
Sur les 635 candidatures des cinq principaux partis, 112 sont issues de la diversité (minorités visibles ou autochtones), soit 18 % du total. Parmi elles, seulement 10 (9 %) sont dans des circonscriptions où leur parti a plus de 70 % de chances de gagner. Les 98 autres (88 %) se trouvent dans des circonscriptions où leur parti est donné perdant ou en situation de compétition serrée. En 2022, 15 députés issus des minorités visibles avaient été élus, soit 12 % de l’Assemblée nationale. Certains, comme Lionel Carmant ou Marwah Rizqy, ne se représentent pas, tandis que d’autres, comme Alejandra Zaga Mendez (QS), sont dans des courses incertaines.
Pour améliorer la représentation, le GFPD milite en faveur d’une loi imposant la parité aux partis politiques. Actuellement, presque tous les partis respectent la parité globale, mais les femmes et les minorités restent sous-représentées dans les circonscriptions gagnables. Valérie Caron souligne que l’égalité d’accès au Parlement passe aussi par une meilleure répartition des candidatures. Les partis doivent donc non seulement recruter davantage de femmes et de minorités, mais aussi les placer dans des circonscriptions où leurs chances de victoire sont réelles. La sensibilisation des responsables locaux et une législation contraignante pourraient aider à corriger ces inégalités.

