La 2CV électrique, une Citroën pas si française
Citroën vient de dévoiler un nouveau modèle électrique de son emblématique 2CV. Un projet estampillé « made in Europe », mais dont la plupart des composants viendront du partenaire chinois de Stellantis, Leapmotor..
Citroën a annoncé lors du Mondial de l’automobile 2026 la présentation d’une version électrique de sa mythique 2CV, avec une commercialisation prévue pour 2028. Ce véhicule emblématique, produit à plus de 5 millions d’exemplaires entre 1948 et 1990, est souvent surnommé Deuche par les Français. Contrairement aux autres voitures électriques rétro comme la Renault 5 E-Tech, la 2CV électrique promet d’être minimaliste, légère et accessible, avec un prix annoncé inférieur à 15 000 € hors aides publiques. Cette stratégie vise à rendre les voitures électriques abordables pour un large public, alors que le prix des voitures neuves en Europe a fortement augmenté, limitant leur accessibilité.
La sortie de la 2CV électrique s’inscrit dans le cadre d’un projet européen appelé classe M1E, visant à créer une nouvelle catégorie de véhicules électriques compacts, bon marché et fabriqués en Europe. L’objectif est de développer une industrie automobile souveraine pour concurrencer les voitures chinoises. Pour y parvenir, la Commission européenne envisage d’attribuer aux constructeurs des super-crédits carbone, leur permettant de compenser les émissions de leurs autres véhicules plus polluants. Ces constructeurs bénéficieraient aussi d’aides fiscales, comme l’exonération de péages ou un accès privilégié aux centres-villes, sous réserve qu’au moins 70 % de la valeur des composants (hors batterie) soit produite en Europe.
Malgré son identité française, la 2CV électrique ne sera pas assemblée en France. Selon les informations disponibles, sa production aura lieu à Pomigliano d’Arco, en Italie, dans l’usine de Fiat. Ce choix s’explique par le partage de la même plateforme technique, appelée ICAR, avec la nouvelle Panda électrique de Fiat, surnommée Pandina. Cette plateforme sera également utilisée pour d’autres modèles, permettant une mutualisation des coûts et des délais de développement. Cependant, cette décision a suscité des critiques de la part des syndicats de Citroën, qui espéraient une production locale.
Le cœur technologique de la 2CV électrique, comme la batterie, le moteur et l’architecture électronique, sera conçu et fourni par Leapmotor, un partenaire chinois de Stellantis, via une coentreprise créée en 2024 appelée Leapmotor International. Stellantis a choisi d’adapter une plateforme chinoise existante, celle du modèle TO3 de Leapmotor, pour réduire les coûts et accélérer le développement. Cette stratégie reflète les difficultés de l’industrie européenne à rattraper son retard technologique face à la Chine. Cependant, elle soulève des questions sur la valeur des marques automobiles, car les composants clés ne seront pas conçus en Europe.
L’utilisation massive de composants conçus par des partenaires chinois pourrait affaiblir l’attachement des consommateurs aux marques automobiles européennes. Historiquement, la réputation d’un modèle reposait sur des technologies conçues ou co-conçues par le constructeur, comme le confort des suspensions ou la tenue de route pour Citroën. Si les clients découvrent que ces qualités proviennent de partenaires étrangers, ils pourraient préférer acheter directement des véhicules chinois, moins chers. Cela pose la question de la différenciation des marques européennes et de leur capacité à justifier leur prix face à une concurrence asiatique.
L’article souligne les difficultés de l’industrie automobile européenne à combler son retard technologique face à la Chine en matière de véhicules électriques. Les déboires des gigafactory européennes, comme la faillite du groupe suédois Northvolt en 2025, ont convaincu des constructeurs comme Stellantis de s’allier à des fabricants chinois pour accélérer leur électrification. Cette dépendance technologique pose un risque pour la souveraineté industrielle européenne et pourrait éroder la confiance des consommateurs dans les marques traditionnelles.
Les critères actuels du *made in Europe*, qui se basent sur la part de valeur ajoutée réalisée en Europe, sont jugés inadaptés par l’article. En effet, ces règles peuvent être contournées par des *prix de transfert interne*, où des composants produits en Chine sont facturés à un prix artificiellement élevé pour respecter les seuils européens. Pour renforcer la souveraineté industrielle, l’article suggère d’ajouter un critère portant sur la part de la conception et de la production des composants technologiques clés réalisée en Europe. Cela permettrait de mieux évaluer l’autonomie réelle des constructeurs européens.

