Un livre de Marie-Victorin dédicacé à Marcelle Gauvreau vendu 6400$
La dédicace à sa confidente et son amoureuse fait bondir la valeur d’un exemplaire des «Croquis laurentiens»..
Un exemplaire relié de cuir et de papier marbré des Croquis laurentiens, publié en 1920 par le frère Marie-Victorin, a été vendu 6400 $ (plus taxes et frais) lors d’une vente aux enchères en ligne. Ce prix est plus de trois fois supérieur à celui d’autres premières éditions de livres du même auteur, comme Flore laurentienne (1390 $) ou Récits laurentiens (2060 $) vendus en mai 2026. La maison d’enchères La Maison des encans a qualifié cet exemplaire de l’une des pièces les plus remarquables de ces dix dernières années. Le biographe Mathieu-Robert Sauvé précise que les ouvrages dédicacés par Marie-Victorin ne sont pas rares, mais que c’est surtout la destinataire de cette dédicace qui rend ce livre exceptionnel.
La particularité de cet exemplaire réside dans sa dédicace manuscrite à Marcelle Gauvreau, une botaniste québécoise. Le frère Marie-Victorin y écrit : « Hommage à Mademoiselle Marcelle Gauvreau, de ce petit bréviaire des belles choses de notre Laurentie ». Cette dédicace prend un sens particulier car elle reflète une relation bien plus profonde que celle d’un simple mentor et de sa collaboratrice. En effet, les lettres échangées entre les deux personnages, publiées en 2018 aux Éditions du Boréal, révèlent une intimité qui dépassait largement leur passion commune pour la botanique. Leur histoire a même été adaptée au cinéma en 2024 avec le film Dis-moi pourquoi ces choses sont si belles, réalisé par Lyne Charlebois.
Le frère Marie-Victorin, de son vrai nom Conrad Kirouac (1885-1944), était un religieux, botaniste et écrivain québécois. Il est surtout connu pour avoir fondé le Jardin botanique de Montréal et pour son ouvrage majeur Flore laurentienne, publié en 1935, qui recense les plantes de la région des Laurentides. Il a également exploré la flore cubaine et écrit plusieurs livres sur la nature québécoise. Son héritage scientifique et littéraire reste important au Québec, où il est considéré comme une figure majeure de la culture et de la science. Le prix élevé de ce livre reflète à la fois son importance historique et l’intérêt croissant des collectionneurs pour ses ouvrages.
Marcelle Gauvreau (1907-1968) était une botaniste québécoise, collaboratrice et compagne intellectuelle du frère Marie-Victorin. Elle a joué un rôle clé dans ses travaux, notamment en l’aidant à documenter et illustrer ses découvertes botaniques. Leur relation, longtemps secrète, a été révélée grâce à la publication de leurs lettres en 2018. Ces échanges montrent une complicité profonde, mêlant passion scientifique et affection personnelle. Gauvreau a également contribué à la diffusion des connaissances botaniques au Québec et a travaillé comme illustratrice scientifique. Son nom est aujourd’hui associé à l’histoire des sciences au Québec, notamment pour son rôle dans la préservation de l’héritage de Marie-Victorin.
Plusieurs facteurs expliquent le prix élevé de cet exemplaire des *Croquis laurentiens*. D’abord, il s’agit d’une première édition, ce qui augmente sa valeur pour les collectionneurs. Ensuite, la dédicace à Marcelle Gauvreau en fait un objet unique, lié à une histoire personnelle et scientifique marquante. Enfin, la cote des ouvrages de Marie-Victorin est en hausse depuis quelques années, comme en témoignent les ventes récentes de *Flore laurentienne* et *Récits laurentiens*. Le prix de 6400 $ reflète donc à la fois la rareté de l’exemplaire, son importance historique et l’engouement des collectionneurs pour les pièces liées à l’histoire culturelle et scientifique du Québec. La relation entre Marie-Victorin et Gauvreau ajoute une dimension émotionnelle et narrative à ce livre.

