Dix centimes la bouteille : à Lisbonne, la consigne crée une nouvelle économie de la rue
Depuis avril, le Portugal rémunère le retour des bouteilles et canettes usagées. Un succès environnemental qui produit des effets sociaux inattendus chez les plus précaires et déclenche une polémique, alors que ce système gagne du terrain en Europe..
Depuis avril 2026, le Portugal applique un système de consigne appelé Volta pour les bouteilles en plastique et les canettes de moins de 3 litres. Ce dispositif ajoute 10 centimes (0,10 €) au prix de chaque emballage neuf. Les consommateurs récupèrent cette somme en rapportant l’emballage vide et intact dans un point de collecte dédié. L’objectif principal est environnemental : réduire les déchets et augmenter le recyclage. Le gouvernement portugais a fixé un taux de retour minimal de 40 % pour la fin de l’année 2026. En septembre 2026, 304 millions d’emballages ont déjà été récupérés, soit un taux de 44 %, dépassant ainsi l’objectif initial. Ce système s’inspire de modèles existants dans d’autres pays européens, comme l’Allemagne ou la Norvège, où la consigne est déjà en place depuis plusieurs années.
Le système Volta affiche des résultats encourageants sur le plan écologique. Avec 44 % de bouteilles et canettes recyclées en moins de six mois, le Portugal dépasse les attentes fixées par les autorités. Ce taux est bien supérieur à la moyenne européenne, où le recyclage des emballages en plastique reste souvent inférieur à 30 %. Les autorités soulignent que cette mesure a permis de réduire significativement la quantité de déchets sauvages dans les rues et les espaces publics. De plus, elle encourage une économie circulaire, où les matériaux sont réutilisés plutôt que jetés. Cependant, ce succès environnemental s’accompagne de conséquences sociales inattendues, notamment dans les grandes villes comme Lisbonne.
À Lisbonne, le système Volta a donné naissance à une économie de la débrouille dans les rues. Des personnes en situation de précarité, parfois sans-abri, fouillent désormais les poubelles et les conteneurs à la recherche de bouteilles et de canettes consignées. Certaines parviennent à en récupérer entre 300 et 400 par jour, ce qui leur rapporte entre 30 € et 40 € quotidiennement. Cette activité, bien que légale, soulève des questions sur la pauvreté et l’accès à l’emploi. Des associations d’aide aux sans-abri, comme la Casa, rapportent avoir rencontré des personnes ayant refusé un travail régulier pour se consacrer à cette collecte, jugée plus lucrative. Ce phénomène illustre comment une mesure écologique peut, dans certains cas, renforcer les inégalités sociales.
Le système Volta suscite une polémique, notamment à Lisbonne. Le maire de la ville, Carlos Moedas, a qualifié ce dispositif de drame social sans précédent et a demandé au gouvernement portugais d’annuler immédiatement le système. Selon lui, la consigne encourage une forme de mendicité organisée et aggrave les conditions de vie des plus précaires. D’autres critiques pointent le fait que certaines personnes, en situation de vulnérabilité, dépendent désormais de cette activité pour survivre, ce qui peut les maintenir dans un cycle de pauvreté. Cependant, le gouvernement portugais défend le système, arguant que les résultats environnementaux sont trop importants pour être abandonnés. La ministre de l’Environnement a refusé d’annuler le programme, malgré les appels à l’arrêt.
Le système de consigne portugais s’inscrit dans une tendance européenne plus large. Plusieurs pays, dont la France et l’Espagne, étudient ou appliquent déjà des mesures similaires pour atteindre les objectifs de recyclage fixés par l’Union européenne. Ces systèmes visent à réduire la pollution plastique et à promouvoir une économie circulaire. Cependant, le cas portugais montre que les conséquences sociales de ces mesures doivent être prises en compte. En Allemagne, où la consigne existe depuis plus de dix ans, des études ont révélé que certains groupes vulnérables dépendaient de la collecte d’emballages pour compléter leurs revenus. Ce débat soulève une question plus large : comment concilier écologie et justice sociale dans la mise en place de politiques publiques ?

