L’île aux trésors de James Ehnes
Pour son 50e anniversaire, le violoniste manitobain a choisi des pièces marquantes de son parcours..
Le violoniste canadien James Ehnes a donné à Montréal le vingtième concert d'une tournée pancanadienne organisée pour célébrer son 50e anniversaire. Ce récital, réalisé en collaboration avec le pianiste Andrew Armstrong, s'est déroulé au Ladies' Morning Musical Club, une salle de concert montréalaise. Le programme comprenait des œuvres majeures de son répertoire, choisies pour leur importance symbolique dans sa carrière. Cette représentation marquait la troisième participation du musicien à cet événement, soulignant son attachement particulier à Montréal, qu'il qualifie de « foyer musical ».
James Ehnes s'est distingué par son interaction avec le public, s'exprimant en français soigné avant de revenir à l'anglais. Il a commenté les œuvres jouées, expliquant leur signification personnelle et leur place dans son parcours artistique. Cette approche a permis de créer une atmosphère chaleureuse et décontractée, tout en mettant en lumière son lien privilégié avec la ville de Montréal. Cette stratégie de communication a renforcé l'expérience des auditeurs, rendant le concert plus accessible et humain.
Le concert a réservé plusieurs surprises, dont une fausse note jouée par Ehnes lors d'un passage technique dans l'œuvre Guitarre de Moszkowski. Cet incident a rappelé l'humanité du musicien, malgré sa virtuosité reconnue. Une autre surprise est venue de la durée exceptionnellement courte de la seconde partie du programme, qui ne dépassait pas 20 minutes. Ehnes a alors improvisé une série de pièces virtuoses, comme La ronde des lutins de Bazzini, habituellement réservées aux concours ou aux enregistrements, mais rarement jouées en concert.
Le programme officiel comprenait des œuvres variées, choisies pour leur symbolique personnelle. Par exemple, l'Adagio de la Suite dans le style ancien de Sinding était la première grande pièce jouée par Ehnes à 8 ans, tandis que la Rhapsodie de Bartók accompagnait sa première tournée avec les Jeunesses musicales. Le violoniste a interprété le Presto de cette suite à une vitesse maximale, puis l'Adagio avec une intensité sonore remarquable, démontrant sa maîtrise technique et son expressivité. La 3e Sonate de Brahms a également été jouée avec une corde de sol particulièrement riche, illustrant sa recherche de profondeur romantique.
James Ehnes a marqué les auditeurs par sa virtuosité, mais aussi par la joie palpable qu'il éprouve à jouer. Son interprétation de la 3e Sonate de Brahms a été saluée pour son tact et son équilibre, tant au violon qu'au piano avec Andrew Armstrong. Le duo a su transmettre une profondeur émotionnelle, notamment dans les passages romantiques, tout en maintenant une cohérence artistique. Cette capacité à allier technique et expressivité a contribué à faire de ce récital une expérience mémorable pour le public.
En plus des œuvres classiques du répertoire, Ehnes a intégré des pièces moins connues, comme les ouvertures des opéras-comiques français ou des morceaux de bravoure comme *La ronde des lutins* de Bazzini. Ces œuvres, souvent perçues comme des exercices de concours, ont été jouées avec une telle qualité instrumentale qu'elles sont devenues irrésistibles. Cette approche a permis de mettre en valeur un pan du répertoire habituellement négligé, tout en offrant au public une expérience musicale variée et surprenante.

