Nouvelles violences entre policiers et manifestants en Albanie
Le premier ministre, Edi Rama, a condamné le « chaos » provoqué, selon lui, par l'opposition..
Depuis plus de quatre mois, l'Albanie connaît des manifestations massives et régulières, principalement à Tirana, la capitale, et dans d'autres villes du pays. Ces protestations ont été déclenchées par un projet immobilier controversé : la construction d'un hôtel de luxe impliquant des personnalités liées à la famille Trump, comme Ivanka Trump (fille de l'ancien président américain) et Jared Kushner (gendre de Donald Trump). Ce projet est devenu le symbole des accusations de corruption et des inégalités économiques dans le pays. Les manifestants dénoncent également les mauvaises conditions dans les universités albanaises, notamment des droits de scolarité élevés et un manque de soutien aux étudiants. Les revendications principales incluent la démission du premier ministre Edi Rama, une amélioration du système de santé, une éducation plus accessible et une réduction du coût de la vie.
Les manifestations, initialement pacifiques, se sont transformées en violences pour la troisième journée consécutive, jeudi 15 octobre 2026. Les affrontements ont opposé des milliers de manifestants à la police, qui a utilisé des gaz lacrymogènes, des canons à eau et des forces antiémeutes pour disperser les foules. Les manifestants ont riposté en lançant des pierres, en incendiant des poubelles, en barrant les routes et en s'attaquant à des bâtiments gouvernementaux, des banques et des commerces. Les rues de Tirana et d'autres villes comme Shkodër ou Korce étaient jonchées de débris, de vitres brisées et enveloppées de fumée. Selon la police, 65 personnes ont été arrêtées mercredi pour des attaques contre des policiers, des institutions ou des biens publics et privés. Le ministère de la Santé albanais a recensé 89 personnes soignées, dont 61 policiers, et 71 policiers blessés, certains grièvement, lors des incidents de mercredi.
Les étudiants sont au cœur des revendications. Ils dénoncent des conditions de vie et d'études difficiles, marquées par des droits de scolarité élevés et un manque de soutien financier. Teftalia Papa, une étudiante en journalisme, a expliqué que les manifestants veulent une Albanie où le système de santé garantit des soins de base, où l'éducation offre des chances égales et où les étudiants peuvent étudier sans être écrasés par le coût de la vie. Les protestations étudiantes ont pris de l'ampleur, avec des cas de vitres brisées dans des écoles et des universités, comme à Korce, où des étudiants ont bloqué des rues. Ces revendications s'ajoutent à celles contre la corruption et les inégalités, symbolisées par le projet immobilier controversé.
Le premier ministre Edi Rama a condamné les violences et attribué le chaos à l'opposition, affirmant que les manifestants ne sont pas des étudiants mais des responsables politiques cherchant à déstabiliser le gouvernement. Il a visité les ruines d'un bureau incendié sur un campus de Tirana, déclarant : « Aujourd'hui, ce sont les ruines laissées par des mains qui ne sont pas, et ne pourront jamais être, des mains d'étudiants. » Il a promis que tous ceux impliqués dans les violences seraient tenus responsables devant la loi. La délégation de l'Union européenne (UE) à Tirana a réitéré son appel à la désescalade, condamnant fermement la violence et la destruction de biens publics et privés. L'UE a également demandé une enquête rapide sur les accusations de recours excessif à la force par la police.
Les violences des derniers jours illustrent l'escalade d'un conflit politique et social en Albanie. Alors que les manifestations se poursuivent depuis des mois, les tensions entre manifestants et forces de l'ordre restent vives. La police a exhorté les manifestants à éviter les individus masqués et violents, promettant de ne pas céder. De leur côté, les collectifs de manifestants ont diffusé un ultimatum exigeant la démission d'Edi Rama avant 13 h (heure locale) jeudi, mais les affrontements ont repris avant même l'expiration de ce délai. Le bilan humain et matériel s'alourdit, avec des centaines de blessés et des dégâts importants dans plusieurs villes. La situation reste tendue, sans signe clair d'apaisement à court terme.

