Un acte barbare
Les casseurs en marge de la mobilisation des lycéens renvoient l’image d’une désocialisation qui devrait nous inquiéter..
Le 1er octobre 2026 à Marseille, lors de manifestations de lycéens, une femme a tenté de dissuader un groupe de casseurs de vandaliser un abribus. Un jeune homme de 15 ans, filmé par des témoins, a alors aspergé son visage d'un aérosol enflammé à l'aide d'un briquet. La victime, protégée par réflexe, n'a subi que des brûlures légères mais reste traumatisée. L'agresseur a été arrêté et mis en examen pour acte de barbarie, une qualification juridique qui désigne une violence extrême et délibérée. Cet incident illustre une montée de la violence aveugle chez certains jeunes, notamment en marge des manifestations, et interroge sur les causes de ces comportements.
Le visage humain n'est pas une partie du corps ordinaire : il incarne l'identité, l'altérité et l'humanité d'une personne. Il est le siège de son regard, de ses expressions et de sa vulnérabilité. Attaquer le visage d'autrui, comme dans le cas de cette tentative de défiguration, revient à nier son humanité et à effacer ce qui le relie aux autres. L'auteur souligne que cette violence est particulièrement symbolique, car elle vise à détruire l'identité et la dignité de la victime. Le fait que la victime soit une femme n'est pas anodin : les violences sexistes ciblent souvent le visage pour nier à la femme le droit de s'exprimer ou de se défendre dans l'espace public.
La scène oppose deux attitudes radicalement différentes : d'un côté, une femme courageuse, à visage découvert, qui tente de raisonner les casseurs pour protéger un bien public. De l'autre, des adolescents masqués, en groupe, animés par la destruction et l'anonymat. Ces derniers, bien que marginaux aux manifestations lycéennes, agissent en meute, libérant des pulsions destructrices. Leur comportement illustre une désocialisation préoccupante, où l'individu se fond dans un groupe pour échapper à sa responsabilité personnelle. Les passants témoins, souvent indifférents ou se contentant de filmer la scène sans intervenir, participent aussi à cette désocialisation, montrant une déresponsabilisation collective.
L'article évoque deux agressions similaires en peu de temps : la tentative de défiguration à Marseille et, le lendemain, l'aspersion d'essence sur un professeur tentant d'éteindre un brasier à La Ciotat. Ces actes, commis par des mineurs de 15 et 16 ans, révèlent une barbarie entendue comme une indifférence totale à la souffrance humaine, doublée d'une inconscience assumée. L'auteur rejette l'excuse de la jeunesse : ces actes ne relèvent pas d'une méconnaissance des conséquences, mais d'une absence totale de conscience d'autrui. Ces événements interrogent l'état moral d'une société incapable d'éduquer et de socialiser une partie de sa jeunesse, normalement protégée des pires dérives.
L'auteur, professeur de littérature et essayiste, souligne que ces actes de violence extrême, habituellement associés à des contextes de guerre ou de crise morale profonde, se produisent aujourd'hui dans une société qui peine à *humaniser* une partie de sa jeunesse. L'éducation, au sens large, inclut la socialisation et l'inculcation de valeurs comme le respect d'autrui. Les cas décrits montrent un échec partiel de ce processus, où certains jeunes développent une absence de conscience morale et une irresponsabilité totale. Cela pose la question des méthodes éducatives actuelles et de leur capacité à prévenir de telles dérives, notamment dans un contexte où les repères traditionnels semblent fragilisés.

