Élections au Québec : on ne parle pas de climat, mais il est pourtant partout
Absent du débat électoral, le climat façonne pourtant tous les grands enjeux qui préoccupent les électeurs..
Lors des élections québécoises, les partis politiques n'abordent presque pas le climat dans leurs discours, malgré son importance. Même Québec solidaire (QS), connu pour ses positions environnementales, a réduit ses objectifs de réduction des gaz à effet de serre (GES). La co-porte-parole de QS, Ruba Ghazal, évoque une fatigue climatique chez les citoyens. Un sondage Synopsis de 28 août 2026 révèle que seulement 11 % des 1 000 répondants placent le climat et l'environnement parmi les 14 principaux défis du Québec, le classant 11e. Pourtant, les priorités comme la santé, le coût de la vie ou le logement sont directement influencées par les changements climatiques, même si ce lien n'est pas toujours mentionné.
La fatigue climatique désigne un sentiment d'épuisement ou de lassitude face à la quantité d'informations anxiogènes sur l'état de la planète. Une étude publiée en 2024 dans la revue scientifique Nature et menée auprès de 130 000 personnes dans 125 pays montre que 89 % des répondants estiment que les gouvernements devraient en faire davantage pour lutter contre les changements climatiques. Au Canada et au Québec, ce chiffre dépasse 80 %. Cependant, les gouvernements sous-estiment souvent l'appui du public pour des politiques climatiques, selon une autre enquête de Nature. Cette fatigue s'explique aussi par la répétition de débats sur des cibles de réduction des GES non atteintes et par la présentation des politiques climatiques comme de nouvelles contraintes, plutôt que comme des solutions.
Les changements climatiques affectent directement la santé publique, un enjeu majeur pour les Québécois. Le rapport The Lancet Countdown souligne que les vagues de chaleur, comme celles en France où 7 300 décès supplémentaires ont été enregistrés en 2024, peuvent saturer les systèmes de santé. Au Québec, les canicules et les feux de forêt, dont les conditions de propagation sont aggravées par le climat, posent des risques accrus. En 2023 et 2025, Montréal a connu des épisodes où la qualité de l'air était parmi les pires au monde en raison de la fumée des incendies. Ces événements augmentent les problèmes respiratoires, cardiovasculaires et même les risques de maladies infectieuses comme la maladie de Lyme, dont les vecteurs (tiques et moustiques) étendent leur territoire vers le nord.
Le coût de la vie, une priorité pour les Québécois, est aussi influencé par le climat. Le terme heatflation désigne la hausse des prix des aliments causée par des épisodes de chaleur extrême. Par exemple, les sécheresses récurrentes réduisent les rendements des cultures destinées à nourrir le bétail (luzerne, maïs, soya), ce qui fait augmenter le prix de la viande au Canada. Les chocs climatiques à l'étranger, comme les sécheresses en Europe ou les inondations en Amérique latine, perturbent aussi les chaînes d'approvisionnement mondiales, affectant les prix locaux. Ces perturbations peuvent toucher des produits comme le café, l'huile d'olive ou le chocolat, dont les prix dépendent des conditions climatiques dans les régions productrices.
La crise du logement, une autre priorité des électeurs, est aussi concernée par les changements climatiques. Les partis politiques promettent de construire des dizaines de milliers de logements pour répondre à la pénurie, mais leur adaptation aux nouvelles réalités climatiques reste une question ouverte. Les futurs immeubles devront résister aux canicules, aux inondations ou aux feux de forêt pour éviter que les factures d'assurance n'explosent. Par exemple, des logements mal isolés deviendront des passoires thermiques, augmentant les coûts énergétiques. De plus, la construction massive de logements pourrait réduire les espaces verts, essentiels pour atténuer les effets des îlots de chaleur urbains et préserver la biodiversité.
Malgré l'absence de débat sur le climat pendant la campagne électorale, ses conséquences sont omniprésentes dans les enjeux quotidiens. Santé, coût de la vie et logement sont directement modelés par les changements climatiques, que les citoyens en aient conscience ou non. Les canicules, les feux de forêt, la hausse des prix des aliments ou les perturbations des chaînes d'approvisionnement ne disparaîtront pas simplement parce que les partis politiques évitent d'en parler. Les électeurs, même s'ils ne placent pas le climat en tête de leurs priorités, devront faire face à ses effets, que ce soit dans leur portefeuille, leur santé ou leur cadre de vie.

