Pourquoi la mention "Fabriqué en Union Européenne" est encore largement incomplète
L'Europe consomme des voitures, des panneaux solaires et des robots qu'elle ne fabrique plus. Peu à peu, cette dépendance est devenue un sujet de sécurité.
La mention « Fabriqué en Union Européenne » (UE) ne garantit pas que l'intégralité du produit ou de ses composants proviennent de l'UE. En réalité, cette étiquette indique souvent que seul le dernier stade de fabrication, comme l'assemblage final, a été réalisé dans un pays européen. Par exemple, un smartphone peut être assemblé en Allemagne avec des pièces fabriquées en Asie ou aux États-Unis. L'UE n'impose pas de règles strictes sur la provenance des matières premières ou des composants intermédiaires, ce qui limite la transparence pour le consommateur. Cette situation s'explique par des chaînes de production mondialisées où les entreprises cherchent à optimiser les coûts en externalisant certaines étapes de fabrication hors d'Europe.
Les réglementations européennes actuelles encadrent très peu l'origine des produits étiquetés « Fabriqué en UE ». La directive européenne sur les pratiques commerciales déloyales (2005/29/CE) et le règlement sur l'indication du pays d'origine (UE 2018/775) ne couvrent que certains secteurs spécifiques, comme les textiles ou les denrées alimentaires. Pour la plupart des biens manufacturés, aucune obligation légale n'existe pour préciser l'origine des composants ou des matières premières. Cela contraste avec des pays comme les États-Unis, où des règles plus strictes, comme le Buy American Act, imposent une part minimale de production locale pour les marchés publics. En Europe, cette lacune permet aux entreprises de contourner l'esprit de l'étiquette en important une grande partie des éléments depuis d'autres régions du monde.
Pour les consommateurs, cette ambiguïté peut fausser leur perception de la qualité ou de l'éthique des produits. Un produit étiqueté « Fabriqué en UE » peut être perçu comme plus durable, éthique ou respectueux des normes environnementales, alors qu'il ne l'est pas nécessairement. Par exemple, une voiture électrique assemblée en France avec une batterie fabriquée en Chine ou une voiture thermique assemblée en Allemagne avec des pièces en provenance du Brésil ou de l'Inde peut porter cette mention. Cette situation peut aussi influencer les choix d'achat, notamment pour ceux qui privilégient les circuits courts ou les produits locaux pour des raisons écologiques ou sociales. Les associations de consommateurs et les ONG dénoncent régulièrement cette opacité, qui rend difficile l'évaluation réelle de l'impact environnemental ou social des produits.
Cette absence de transparence a des conséquences économiques et géopolitiques majeures. D'une part, elle favorise les entreprises qui externalisent une partie de leur production hors d'Europe, souvent pour réduire les coûts, au détriment des industries locales. D'autre part, elle rend l'UE vulnérable aux tensions commerciales ou aux ruptures d'approvisionnement, comme cela a été observé pendant la crise du Covid-19 ou la guerre en Ukraine. Certains pays, comme la Chine ou les États-Unis, imposent des règles plus strictes sur l'origine des produits, ce qui peut désavantager les entreprises européennes sur les marchés internationaux. Enfin, cette situation limite la capacité de l'UE à promouvoir un modèle de production plus durable et résilient, aligné sur ses ambitions climatiques et sociales.
Plusieurs pistes sont envisagées pour améliorer la transparence de l'étiquette « Fabriqué en UE ». Certains experts proposent d'étendre les règles existantes à tous les secteurs manufacturiers, en imposant un seuil minimal de valeur ajoutée européenne pour pouvoir apposer cette mention. D'autres suggèrent de créer un système d'étiquetage plus détaillé, précisant par exemple le pourcentage de composants européens ou l'origine des matières premières. La Commission européenne a déjà commencé à travailler sur ce sujet, notamment dans le cadre de sa stratégie industrielle et de son plan *Green Deal*. Cependant, ces réformes se heurtent à des résistances, notamment de la part des entreprises qui craignent une hausse des coûts ou une perte de compétitivité. Le débat reste donc ouvert sur la meilleure façon de concilier transparence, compétitivité et durabilité.

