Le crime le plus ancien de l'humanité? Un «cold case» vieux de 100.000 ans refait surface
Des chercheurs estiment avoir identifié la plus ancienne preuve connue d'une agression volontaire entre humains. La victime aurait survécu quelque temps avant d'être enterrée dans une grotte de l'actuel Israël..
En 2026, des archéologues ont analysé un crâne et une mâchoire datant d'environ 100 000 ans, découverts dans la grotte de Qafzeh en Israël. Ces restes appartiennent à un homme de l'espèce Homo sapiens, l'un des premiers représentants de notre espèce en dehors de l'Afrique. L'étude, publiée dans la revue Scientific Reports, révèle une blessure profonde et nette sur le côté gauche du visage, causée par un outil tranchant en pierre. Cette entaille, localisée près d'une dent et de la mâchoire supérieure, montre des signes de cicatrisation, prouvant que l'individu a survécu plusieurs semaines ou mois après l'agression. Les chercheurs considèrent cette blessure comme la preuve la plus ancienne connue de violence interpersonnelle intentionnelle chez les humains modernes.
La grotte de Qafzeh, située dans l'actuel Israël, est un site archéologique majeur du Paléolithique moyen, occupé entre 145 000 et 92 000 ans avant notre ère. Entre ces dates, au moins 27 individus y ont été enterrés volontairement, ce qui en fait l'une des plus anciennes traces d'inhumation connues hors d'Afrique. Ces sépultures suggèrent que les premiers Homo sapiens avaient déjà développé des comportements symboliques et sociaux complexes, comme des rites funéraires. Les fouilles, menées entre les années 1930 et 1970, avaient déjà révélé des traumatismes crâniens chez certains de ces individus, mais les nouvelles analyses technologiques ont permis d'affiner ces observations.
Grâce à des techniques avancées comme la microscopie et la microtomographie aux rayons X, les chercheurs ont pu étudier en détail la blessure de la mâchoire, appelée Qafzeh 25. L'entaille, localisée sur le côté gauche du visage, correspond à une attaque plutôt qu'à un accident, car elle est située dans une zone peu exposée lors d'une chute ou d'un choc fortuit. De plus, l'os montre des signes de cicatrisation, indiquant que la victime a survécu après l'agression. Les outils en pierre retrouvés sur le site, comme des grattoirs en silex ou des pointes acérées pouvant servir de lances, pourraient être à l'origine de cette blessure. Cette découverte repousse l'estimation de la violence interpersonnelle chez les humains modernes à une période bien plus ancienne que ce qui était précédemment admis.
Cette étude suggère que les conflits violents entre individus existaient dès l'âge de pierre, bien avant les premières civilisations organisées. Elle remet en question l'idée que la violence interpersonnelle serait un phénomène plus récent, lié à la sédentarisation ou à l'émergence de sociétés complexes. En effet, la présence de cette blessure chez un Homo sapiens il y a 100 000 ans indique que les tensions sociales et les agressions faisaient déjà partie de la vie de nos ancêtres. Cette découverte s'ajoute aux autres preuves archéologiques de comportements symboliques et sociaux chez les premiers humains modernes, comme les sépultures ou les outils sophistiqués.
Les chercheurs ont utilisé des technologies de pointe pour étudier la blessure de Qafzeh 25. La microtomographie aux rayons X permet d'obtenir des images en trois dimensions des ossements, révélant des détails invisibles à l'œil nu, comme les microfractures ou les traces de cicatrisation. La microscopie, quant à elle, permet d'analyser la texture et la structure des tissus osseux endommagés. Ces méthodes, combinées à des analyses comparatives avec d'autres traumatismes crâniens anciens, ont permis d'établir que la blessure était bien le résultat d'une agression intentionnelle. Ces techniques illustrent comment l'archéologie moderne s'appuie sur des outils scientifiques pour reconstruire le passé avec une précision accrue.

