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Après la victoire de l’AfD, la crainte d’une contagion en Europe

Le Devoir · mis à jour il y a 11 j

À Paris, la victoire de l’extrême droite allemande a provoqué une onde de choc dans la classe politique du pays..

Victoire historique AfD

Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, l’extrême droite allemande, représentée par l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), a remporté des élections régionales en Saxe-Anhalt, un land de l’est de l’Allemagne peuplé de 2 millions d’habitants. Le parti a obtenu 44 % des voix, un score bien supérieur aux prévisions des sondages. Ulrich Siegmund, 35 ans, porte-parole charismatique de l’AfD, a salué une « secousse » pour l’Allemagne. Ce résultat marque un tournant politique, car l’AfD, initialement un parti néolibéral créé en 2013, s’est progressivement radicalisé, notamment après la crise migratoire de 2015. Aujourd’hui, il est considéré comme l’un des partis d’extrême droite les plus radicaux d’Europe, hostile à l’immigration et à l’islam, et officiellement prorusse.

Transformation politique AfD

L’AfD a évolué depuis sa création en 2013. À l’origine, c’était un parti néolibéral opposé à l’euro, fondé par des professeurs d’université. Cependant, à partir de 2015, il a intégré des idées et des membres issus de Die Heimat, un parti traditionnellement lié aux néonazis en Allemagne. Aujourd’hui, l’AfD est perçu comme un mouvement radical, prônant des positions anti-immigration et anti-islam. Il est également connu pour son soutien à la Russie, alors que l’Allemagne est le principal allié européen de l’Ukraine dans le conflit en cours. Historiquement, l’AfD était isolé par un cordon sanitaire : les autres partis refusaient de former des coalitions avec lui. Mais ces dernières années, son influence a progressé, notamment dans l’ancienne Allemagne de l’Est, une région marquée par la pauvreté, le chômage et une démographie déclinante.

Effondrement CDU et SPD

La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt s’accompagne d’un effondrement des deux principaux partis allemands : l’Union chrétienne-démocrate (CDU, droite) et le Parti social-démocrate (SPD, centre gauche). La CDU est passée de 37 % à 17 % des voix, tandis que le SPD n’a obtenu que 9 %, derrière la gauche radicale Die Linke. Cette défaite reflète un rejet des partis traditionnels par une partie de l’électorat, qui se tourne vers l’AfD pour ses promesses de baisser les impôts tout en maintenant les services publics. Ulrich Siegmund, ancien membre de la CDU, incarne cette nouvelle dynamique politique. Son parcours personnel, marqué par des liens avec des mouvements néonazis, illustre aussi la radicalisation de l’AfD.

Risque de coalition AfD

En Saxe-Anhalt, l’AfD pourrait bientôt gouverner, car il a besoin de trois sièges supplémentaires pour former une coalition. Des responsables locaux de la CDU ont déjà exprimé leur volonté de collaborer avec l’AfD, ce qui pourrait briser le cordon sanitaire traditionnel. Cette perspective inquiète les observateurs, car elle affaiblirait la stabilité politique en Allemagne. Le chancelier allemand Friedrich Merz, chef de la CDU, avait promis de diviser par deux le vote pour l’AfD, mais le parti continue de progresser. Certains chercheurs comparent cette situation à la République de Weimar, une période de grande instabilité politique en Allemagne avant la Seconde Guerre mondiale.

Réactions en Europe

La victoire de l’AfD en Allemagne a provoqué une onde de choc en Europe, où l’Allemagne est perçue comme un pilier économique et politique. En France, la classe politique s’est alarmée de ce résultat. Le ministre de l’Économie Roland Lescure a qualifié la victoire d’AfD de « signal très préoccupant ». Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, a critiqué les politiques européennes centristes, tandis que le Rassemblement national (RN), bien que proche idéologiquement de l’AfD, a pris ses distances en raison de son radicalisme. Le RN a d’ailleurs expulsé l’AfD de son groupe au Parlement européen après des déclarations controversées de certains de ses membres sur les SS.

Ce que ça pourrait changer

En France, le *Rassemblement national* (**RN**) et *Reconquête*, un parti d’extrême droite mené par Éric Zemmour, surveillent de près la montée de l’*AfD*. Bien que ces partis partagent des idées similaires, leurs relations sont tendues. Le RN a longtemps collaboré avec l’*AfD* au Parlement européen, mais a rompu les liens après des déclarations jugées trop radicales. *Reconquête*, qui a obtenu 7 % des voix à l’élection présidentielle de 2022, tente de se différencier en adoptant une ligne plus libérale économiquement et encore plus hostile à l’immigration. Cependant, son alliance avec l’*AfD* reste embarrassante en raison du passé néonazi de certains de ses membres, ce qui limite son attractivité en France.

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