Réseaux sociaux : le “règlement de comptes” de l’Australie avec les algorithmes
Canberra veut laisser aux utilisateurs australiens le choix de désactiver les recommandations algorithmiques sur les réseaux sociaux. Pour défendre leur modèle, les plateformes numériques cherchent à convaincre qu’un fil moins personnalisé serait aussi moins agréable à utiliser..
L’Australie annonce le 8 septembre 2026 une loi obligeant les réseaux sociaux comme Meta (Facebook, Instagram) ou TikTok à proposer à leurs utilisateurs australiens une option pour désactiver les algorithmes de recommandation personnalisée. Ces algorithmes analysent les comportements en ligne (likes, partages, temps passé) pour proposer du contenu adapté à chaque utilisateur. Jusqu’ici, les plateformes affichaient par défaut un fil d’actualité personnalisé, mélangeant publications de comptes suivis et contenus suggérés. Le gouvernement australien souhaite remplacer ce système par un choix explicite : soit un fil chronologique classique (uniquement les comptes suivis), soit un fil personnalisé. Cette mesure s’inscrit dans une volonté de réduire l’influence des algorithmes sur les utilisateurs, jugée excessive par les autorités.
Le projet australien s’appuie sur un nouveau cadre légal appelé devoir de vigilance numérique, qui impose aux plateformes de prévenir les risques liés à leurs services plutôt que d’intervenir après des dommages. Les entreprises qui ne respecteraient pas cette obligation pourraient écoper d’amendes allant jusqu’à 100 millions de dollars australiens (environ 61 millions d’euros). La ministre australienne des Communications, Anika Wells, critique les géants du numérique pour avoir mené des tests sur les utilisateurs australiens sans leur consentement explicite. Ce cadre vise à responsabiliser les plateformes, accusées de privilégier l’engagement des utilisateurs au détriment de leur bien-être ou de leur sécurité.
Les plateformes comme Meta ou TikTok s’opposent à cette réforme, arguant qu’un fil d’actualité moins personnalisé serait moins pertinent et donc moins agréable pour les utilisateurs. Elles estiment que les algorithmes améliorent l’expérience en proposant du contenu adapté aux centres d’intérêt de chacun. Le Premier ministre australien, Anthony Albanese, compte présenter cette loi comme un exemple de régulation numérique lors de l’Assemblée générale des Nations unies à New York fin septembre 2026. Cette initiative pourrait aussi servir de levier politique en Australie, où elle est perçue comme une mesure populaire, simple à expliquer et potentiellement électorale.
Le texte doit être présenté au Parlement australien avant Noël 2026. Si elle est adoptée, cette loi pourrait entrer en vigueur rapidement, marquant une première mondiale dans la régulation des algorithmes. Les défenseurs de cette mesure y voient un moyen de redonner du contrôle aux utilisateurs sur leur expérience en ligne, tandis que ses détracteurs craignent une baisse de la qualité des contenus proposés. Le gouvernement australien mise sur cette réforme pour montrer l’exemple en matière de protection des utilisateurs face aux géants du numérique, tout en renforçant sa crédibilité internationale sur les questions de régulation technologique.

