Le quart des Montréalais a vécu la pauvreté dans les dernières années
L’étude de l’Institut national de la recherche scientifique a été commandée par Centraide du Grand Montréal..
Entre 2016 et 2023, 26 % des adultes de la région métropolitaine de Montréal ont vécu au moins une année sous le seuil de pauvreté. Ce chiffre dépasse largement les estimations annuelles, qui oscillent entre 10 % et 12 % à partir de 2020. L’étude de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), commandée par Centraide du Grand Montréal, révèle que la pauvreté est un phénomène plus répandu qu’il n’y paraît lorsqu’on analyse les données sur plusieurs années. Par exemple, 14 % des adultes ont été en situation de pauvreté pendant au moins trois ans, tandis que 12 % l’ont été pendant une à deux années. La présidente de Centraide, Tasha Lackman, souligne que ces chiffres montrent que la pauvreté touche beaucoup plus de monde que ce que les statistiques annuelles laissent supposer. Le seuil de pauvreté correspond au revenu minimal nécessaire pour couvrir les besoins de base, comme se nourrir, se loger ou se vêtir.
La pauvreté touche de manière inégale différents groupes de population à Montréal. Les immigrants récents (présents depuis moins de 10 ans) sont particulièrement vulnérables, avec un taux de pauvreté persistante de 22 %. Même les immigrants établis depuis plus de dix ans restent fortement exposés, avec un taux de 20 %. Les aînés (personnes âgées de 65 ans et plus) sont également de plus en plus touchés : la pauvreté persistante chez cette tranche d’âge est passée de seulement 1 % entre 1992 et 1999 à 11 % entre 2016 et 2023. Xavier St-Denis, professeur à l’INRS et auteur de l’étude, explique cette hausse par l’absence d’épargne-retraite suffisante pour les plus vulnérables, notamment les locataires qui ne peuvent compter sur la valeur d’une résidence. Au Québec, les inégalités de patrimoine (les différences de richesse accumulée) sont importantes, même parmi les aînés.
Les conséquences de la pauvreté vont bien au-delà du manque de revenus. Tasha Lackman, de Centraide, donne l’exemple d’un programme de bourses d’études pour des élèves du secondaire en milieux défavorisés. Certaines familles peinent à payer le transport en commun pour que leurs enfants puissent assister aux activités éducatives. Ce simple obstacle illustre les difficultés quotidiennes rencontrées par les personnes en situation de pauvreté. Même des dépenses minimes, comme un billet d’autobus pour se rendre à une entrevue d’emploi ou pour les premiers jours de travail avant de recevoir un salaire, peuvent représenter un défi insurmontable. La pauvreté crée ainsi un cercle vicieux où les obstacles s’accumulent, rendant difficile la sortie de cette situation.
Pour réduire la pauvreté, l’étude de l’INRS propose d’augmenter les prestations gouvernementales, notamment l’aide sociale. Actuellement, un adulte seul de moins de 65 ans sans contrainte de santé reçoit 845 $ par mois au Québec, et 1 014 $ s’il a des contraintes de santé. Ces montants sont jugés insuffisants pour échapper à la pauvreté, quel que soit l’état de santé. L’étude suggère donc d’augmenter ces prestations. Contrairement à une crainte souvent exprimée, ces augmentations n’ont pas eu d’effet négatif sur la participation au marché du travail, comme l’a montré l’exemple des prestations versées aux familles. Xavier St-Denis souligne que ces mesures ont même eu un impact positif sur la pauvreté des mères monoparentales. Centraide plaide également pour le développement du logement social, qui permettrait aux plus démunis d’accéder à un logement décent. L’organisme note que dans les quartiers où il y a plus de logements sociaux, les gens tombent moins dans la pauvreté.
Tasha Lackman, de Centraide, insiste sur l’urgence de la situation : une personne sur quatre a vécu la pauvreté à Montréal, ce qui représente une réalité bien plus large que l’*itinérance* (qui n’est que la partie visible de l’iceberg). Elle se réjouit que le *Parti québécois* (PQ) ait fait de la lutte contre l’itinérance une priorité politique, mais rappelle que cette mesure ne suffit pas. Elle appelle à une prise de conscience collective et politique pour agir face à l’ampleur de la pauvreté dans la métropole. L’enjeu dépasse le cadre municipal : il nécessite une réponse coordonnée entre les différents niveaux de gouvernement pour améliorer les conditions de vie des Montréalais les plus vulnérables.

