Haïti : “nuit de terreur” à Kenscoff, cible de l’extrême violence des gangs
Hommes, femmes et enfants : près d’une quarantaine de personnes auraient été massacrées à Kenscoff, une commune agricole et aisée située sur les hauteurs de Port-au-Prince. Face à l’expansion du territoire contrôlé par des gangs ultraviolents, l’État semble impuissant..
Dans la nuit du 23 août 2026, des gangs armés ont lancé une attaque massive contre la commune de Kenscoff, située dans les hauteurs de Port-au-Prince en Haïti. Cette localité, auparavant paisible et connue pour son climat tempéré et ses cultures maraîchères, est devenue la cible d’une violence extrême. Les assaillants, utilisant des drones pour repérer les zones à frapper, ont ciblé le centre-ville et sa périphérie, notamment une église abritant des personnes déplacées. Les violences ont duré toute la nuit, avec des échanges de tirs intenses et des incendies de véhicules. Selon le maire de Kenscoff, Massillon Jean, près de quarante personnes auraient été tuées, bien que ce chiffre reste à confirmer par les autorités judiciaires. Les habitants ont décrit une scène de chaos, avec des corps jonchant le sol et des cris de détresse. Cette attaque s’inscrit dans une série de violences répétées contre cette commune, qui dure depuis janvier 2025.
L’attaque de Kenscoff a révélé les faiblesses des forces de sécurité haïtiennes, composées de la Police nationale d’Haïti (PNH), des Forces armées d’Haïti (FAD’H), de la Task Force (une unité de coordination entre la PNH et les FAD’H) et de la Force de répression des gangs (FRG), créée sous l’égide des Nations unies. Malgré un budget de 48 milliards de gourdes (315 millions d’euros) alloué à la PNH pour l’année 2025-2026, et un contrat avec une compagnie militaire privée estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars, les forces de sécurité n’ont pas pu empêcher cette attaque. Le Premier ministre haïtien, Alix Didier Fils-Aimé, avait pourtant été alerté dès janvier 2025 par les services de renseignement sur un risque imminent d’attaque contre Kenscoff. Le gouvernement a réagi en exprimant sa compassion aux familles des victimes, mais la population et les autorités locales critiquent l’inaction des forces de sécurité.
Les gangs ont commis des actes d’une brutalité extrême lors de cette attaque, comme en témoignent les vidéos et récits des survivants. Parmi les victimes figuraient des hommes, des femmes et des enfants, certains exécutés dans leurs maisons, d’autres abattus alors qu’ils tentaient de fuir. Des violences sexuelles ont également été rapportées, touchant au moins sept femmes et jeunes filles. Le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh) avait déjà alerté dans un rapport publié en avril 2025 sur les attaques répétées contre Kenscoff entre janvier et mars 2025, ayant causé la mort d’au moins 262 personnes, dont 115 civils et 147 membres de gangs. Ces violences visent à terroriser la population et à étendre le contrôle territorial des gangs, qui sont désormais maîtres des initiatives dans la région.
Kenscoff, autrefois une zone de villégiature prisée, est désormais en proie à une insécurité chronique. Le maire Massillon Jean a décrit une « nuit de terreur » et a révélé que des drones de reconnaissance des gangs avaient survolé la ville quinze jours avant l’attaque. Les habitants, traumatisés, ont réclamé le transfert du responsable du commissariat local, Vladimir Paraison, jugé incapable de protéger la population. Malgré les promesses du gouvernement de ne pas abandonner Kenscoff, la population doute de la capacité de l’État à endiguer la violence. Les gangs, comme celui de Village-de-Dieu, continuent de gagner du terrain, profitant de l’affaiblissement des institutions et de l’impunité. Une attaque similaire avait déjà eu lieu en juillet 2026, causant la mort d’au moins 61 personnes, dont quatorze enfants.
Cette attaque s’ajoute à une crise humanitaire déjà profonde en Haïti, où les gangs contrôlent une grande partie de la capitale et ses environs. Les Nations unies et les organisations locales dénoncent une situation de plus en plus ingérable, avec des milliers de déplacés internes et des violations massives des droits humains. Le Premier ministre a tenté de rassurer la population en affirmant que le gouvernement ne reculerait pas face aux gangs, mais les actions concrètes restent limitées. Les budgets alloués aux forces de sécurité, bien que importants, n’ont pas permis d’éviter cette nouvelle tragédie. La communauté internationale, notamment les États-Unis, a également exprimé son inquiétude face à la dégradation de la situation en Haïti, où l’État semble de plus en plus incapable d’assurer la sécurité de ses citoyens.

