La ponctualité est l’un de mes pires défauts
Coincé dans la salle d’attente du dentiste, l’auteur Juan Tallón décrypte, pour “El Periódico de Catalunya”, la colère noire que lui inspirent les retardataires. Chaque semaine, “Courrier international” vous propose un billet qui soulève des interrogations sur notre condition moderne en s’appuyant sur des œuvres littéraires, scientifiques et, bien sûr, philosophiques..
L’auteur relate une scène où lui et sa fille attendent leur tour chez le dentiste, qui a déjà dix minutes de retard. Sa fille exprime son impatience en suggérant de partir, ce qui surprend l’auteur. Cette réaction lui semble légitime, mais il ne peut se résoudre à quitter les lieux, car sa fille doit subir un soin dentaire pour une molaire en croissance anormale. L’auteur évoque alors une citation de l’intellectuel italien Antonio Gramsci sur les crises, qu’il juge trop complexe pour sa fille, et se contente d’une phrase banale : « Soyons patients. » Cette situation met en lumière un conflit entre son envie de partir et son sens des responsabilités.
L’auteur avoue que la ponctualité est l’un de ses pires défauts. Il explique que cette qualité, souvent valorisée socialement, lui inspire des pensées négatives. La ponctualité, pour lui, est associée à des idées désagréables, comme la rigidité ou l’intransigeance envers les retards d’autrui. Il souligne que cette attitude lui cause un malaise, voire une forme de souffrance, car elle le pousse à juger les autres ou à ressentir de l’agacement face à des situations hors de son contrôle. Ce défaut semble donc avoir un impact émotionnel et relationnel sur sa vie quotidienne.
L’auteur mentionne une formule du philosophe et théoricien politique italien Antonio Gramsci (1891–1937), tirée de ses Cahiers de prison : « L’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître, [et que] pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés. » Cette phrase décrit une période de transition historique où l’ordre ancien s’effondre sans que le nouveau ne soit encore établi, engendrant des troubles sociaux ou politiques. L’auteur l’évoque pour illustrer l’idée d’un temps suspendu, où les règles habituelles ne s’appliquent plus clairement, mais il renonce à l’utiliser devant sa fille, jugeant le terme « interrègne » trop complexe pour elle.
La fille de l’auteur, Helena, traverse une phase où elle questionne chaque mot inconnu, ce qui pousse l’auteur à adapter son langage. Face à la complexité de la citation de Gramsci, il opte pour une phrase simple et générique : *« Soyons patients. »* Cette réaction lui semble décevante, presque comme une trahison envers lui-même, car il aurait préféré transmettre une réflexion plus profonde. La scène illustre ainsi le décalage entre l’envie de partager des idées complexes et la nécessité de s’adapter à un interlocuteur plus jeune, tout en soulignant la difficulté de concilier patience et frustration.

