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Environnement

Renoncer à l'objectif de 1, 5 °C

Reporterre · mis à jour 22 sept.

L'objectif de 1,5 °C de réchauffement global en 2100, qui semble de plus en plus irréalisable, amène avec lui son lot de solutions miraculeuses. De quoi faire de l'urgence climatique une simple variable d'ajustement, craignent certains scientifiques, qui plaident pour abandonner cet objectif.

Objectif 1,5 °C en danger

L’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C d’ici 2100, fixé par l’Accord de Paris en 2015, est de plus en plus remis en question par une partie des climatologues. Selon le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) doivent diminuer de 43 % d’ici 2030 et atteindre la neutralité carbone vers 2050 pour avoir une chance de respecter cette limite. Pourtant, les politiques actuelles des États ne permettent pas d’atteindre ces objectifs : les émissions continuent d’augmenter, avec une hausse de 1,1 % en 2022 par rapport à 2021. Les scientifiques estiment que le monde se dirige plutôt vers un réchauffement de 2,5 à 2,9 °C d’ici la fin du siècle, un niveau bien supérieur à l’objectif initial.

Débat parmi les experts

Une partie des climatologues, comme ceux du GIEC, défendent encore l’idée que l’objectif de 1,5 °C reste techniquement atteignable, mais reconnaissent que les chances s’amenuisent. D’autres, comme le climatologue Michael Mann, estiment que cet objectif est désormais irréaliste et qu’il faut se concentrer sur des solutions d’adaptation plutôt que sur une réduction drastique des émissions. Ce débat divise la communauté scientifique, certains craignant que l’abandon de l’objectif de 1,5 °C ne décourage les efforts politiques et sociaux, tandis que d’autres y voient une nécessité pour éviter des coûts humains et économiques encore plus élevés à long terme.

Conséquences d'un échec

Si le réchauffement dépasse 1,5 °C, les conséquences pourraient être dramatiques : multiplication des vagues de chaleur mortelles, montée du niveau des mers menaçant des villes côtières, effondrement de la biodiversité, et aggravation des crises alimentaires et migratoires. Par exemple, une hausse de 2 °C pourrait exposer 1 milliard de personnes supplémentaires à des vagues de chaleur extrêmes d’ici 2100. Les économistes anticipent aussi des coûts colossaux, avec des pertes estimées à 10 % du PIB mondial pour un réchauffement de 3 °C. Ces projections soulignent l’urgence d’agir, même si l’objectif de 1,5 °C semble hors de portée.

Solutions envisagées

Face à cette impasse, certains experts proposent des alternatives, comme le captage et stockage du carbone (CSC), une technologie qui vise à retirer le CO₂ de l’atmosphère pour le stocker sous terre. Cependant, cette solution reste coûteuse et peu déployée à grande échelle. D’autres misent sur des politiques de décarbonation accélérée, comme la sortie des énergies fossiles ou l’investissement massif dans les énergies renouvelables. Par exemple, l’Union européenne a adopté en 2023 un plan pour réduire ses émissions de 55 % d’ici 2030, mais ces mesures sont souvent jugées insuffisantes par les ONG environnementales comme Greenpeace ou Reclaim Finance.

Rôle des gouvernements

Les gouvernements jouent un rôle central dans la lutte contre le réchauffement climatique, mais leurs actions sont inégales. Certains pays, comme la Suède ou le Danemark, ont déjà réduit leurs émissions de plus de 50 % depuis 1990, grâce à des politiques ambitieuses (taxes carbone, subventions aux énergies vertes). En revanche, d’autres, comme la Chine ou l’Inde, continuent de construire des centrales à charbon pour répondre à leur demande énergétique croissante. Les négociations internationales, comme la COP28 prévue fin 2023, sont cruciales pour coordonner les efforts, mais les désaccords persistent sur le financement des pays en développement ou la sortie des énergies fossiles.

Ce que ça pourrait changer

La société civile, notamment les jeunes générations, exerce une pression croissante sur les décideurs politiques. Des mouvements comme *Fridays for Future*, lancé par **Greta Thunberg** en 2018, ont mobilisé des millions de personnes dans le monde pour exiger des actions climatiques. Les tribunaux jouent aussi un rôle, comme en 2021 aux *Pays-Bas*, où un tribunal a ordonné à l’État néerlandais de réduire ses émissions de **25 % d’ici 2025**, une décision historique. Ces initiatives montrent que l’opinion publique est de plus en plus sensible à la crise climatique, même si les progrès politiques restent lents.

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