L’obscure décision de l’Argentine qui ouvre la vente illimitée de terres aux étrangers
Le quotidien de gauche argentin “Página 12” exprime, à la une de son édition du vendredi 2 octobre, son incompréhension après à l’abrogation de la disposition fixant à 15 % du territoire les terres pouvant être possédées par des étrangers..
L’Argentine a abrogé une loi, appelée Ley de Tierras (loi sur les terres), qui limitait à 15% la superficie des terres rurales pouvant être achetée par des étrangers. Cette décision, prise fin septembre 2026 par la Cour suprême argentine, supprime désormais toute restriction sur la vente de terres aux investisseurs étrangers. La Ley de Tierras avait été instaurée pour protéger les ressources naturelles du pays et éviter une concentration excessive des terres entre les mains d’étrangers. Son abrogation s’inscrit dans une politique plus large de dérégulation menée par le président argentin Javier Milei, qui cherche à attirer des capitaux étrangers pour relancer l’économie.
Javier Milei, président libertarien de l’Argentine depuis fin 2023, milite depuis plusieurs années pour l’abrogation de la Ley de Tierras. En décembre 2023, il avait tenté d’inclure cette mesure dans un décret d’urgence (DNU), mais celui-ci avait été bloqué par un tribunal de La Plata. Milei a ensuite proposé un nouveau projet de loi en début d’année 2026, mais il a été rejeté par le Sénat argentin en août 2026, après des manifestations massives contre la « vente du pays ». Malgré cet échec, la Cour suprême a finalement levé les restrictions le 29 septembre 2026, en estimant que la souveraineté territoriale n’était pas un « bien juridique collectif ». Cette décision a été prise alors que Milei se rendait à l’Argentina Week, un événement visant à promouvoir le pays auprès des investisseurs étrangers.
La décision de la Cour suprême a suscité une vive polémique en Argentine. Le quotidien de gauche Página 12 a qualifié cette mesure d’« obscure » et a dénoncé une nouvelle forme de « colonisation » du pays, craignant que des investisseurs étrangers ne s’emparent des terres et des ressources naturelles. Des manifestations sont prévues les 6 et 15 octobre 2026 devant le palais de justice de Buenos Aires et le Congrès. La Cour suprême a répondu aux critiques en affirmant être victime de « discours de haine », tout en précisant que sa décision ne portait pas sur la constitutionnalité de la Ley de Tierras, mais sur la légitimité du recours déposé par l’association des anciens combattants des Malouines. Malgré cela, l’effet pratique de cette décision reste l’ouverture illimitée à la vente des terres rurales.
Cette réforme s’inscrit dans une stratégie plus large de Milei pour faire de l’Argentine un paradis pour les investisseurs étrangers. Le pays est présenté comme un refuge pour les ultrariches, notamment grâce à ses ressources naturelles abondantes (pétrole, gaz, minerais rares) et à une dérégulation poussée. Des projets comme ceux du magnat américain Peter Thiel, impliqué dans des data centers gourmands en terres et en eau, illustrent cette tendance. Milei a également assoupli les règles pour les « entreprises non humaines », c’est-à-dire des entités contrôlées par l’intelligence artificielle, afin d’attirer davantage de capitaux. Ces mesures visent à stimuler l’économie, mais elles suscitent des craintes quant à la perte de contrôle sur les ressources stratégiques du pays.
Plusieurs acteurs jouent un rôle central dans cette affaire. Javier Milei, président argentin, est le principal promoteur de la dérégulation et de l’ouverture aux investisseurs étrangers. La Cour suprême argentine a pris la décision finale en levant les restrictions, tandis que le Sénat a rejeté le projet de loi en août 2026. L’association des anciens combattants des Malouines, qui a porté le recours initial, craint que cette réforme n’affaiblisse la position argentine dans le conflit territorial avec le Royaume-Uni. Enfin, des figures comme Peter Thiel, entrepreneur américain, incarnent l’intérêt croissant des ultrariches pour l’Argentine, perçue comme un eldorado économique.
L’abrogation de la *Ley de Tierras* pourrait avoir des conséquences majeures sur l’économie et la société argentines. D’un côté, elle pourrait attirer des investissements étrangers et stimuler la croissance, comme le souhaite Milei. De l’autre, elle risque d’aggraver les inégalités sociales en concentrant les terres entre les mains d’une minorité, et de menacer la souveraineté nationale sur les ressources naturelles. Les manifestations prévues en octobre 2026 reflètent cette inquiétude, tandis que des juristes interrogés par *Página 12* qualifient la décision de la Cour suprême de « obscure », car elle laisse les terres sans protection juridique tout en étant justifiée par un argumentaire juridique complexe. Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’impact réel de cette réforme.

