Sur le chemin de la peste noire : des chercheurs ont retracé la propagation de la maladie en Europe
La peste noire n'a pas disparu après 1353. L'ADN de victimes exhumées dans cinq pays montre des réintroductions répétées pendant quatre siècles, avec une explosion de nouvelles lignées autour de 1450..
La peste noire est une épidémie dévastatrice qui a frappé l'Europe, l'Asie et l'Afrique au milieu du XIVe siècle, entre 1347 et 1351. Causée par la bactérie Yersinia pestis, cette maladie se transmet principalement par les puces des rats, mais aussi par contact direct entre humains. Elle a tué environ 30 à 60 % de la population européenne de l'époque, soit entre 25 et 50 millions de personnes. Les symptômes incluent des bubons (gonflements douloureux des ganglions lymphatiques), de la fièvre, des frissons et, dans les cas graves, une septicémie ou une pneumonie. La mort survenait souvent en quelques jours. Cette pandémie a profondément marqué l'histoire, entraînant des bouleversements économiques, sociaux et religieux durables.
Pour retracer la propagation de la peste noire en Europe, une équipe internationale de chercheurs a utilisé des méthodes scientifiques avancées. Ils ont analysé des échantillons d'ADN ancien prélevés sur des squelettes humains et animaux datant de cette période. Grâce à la paléogénétique, une discipline qui étudie l'ADN de spécimens anciens, ils ont pu identifier la présence de Yersinia pestis dans ces échantillons. Les chercheurs ont également croisé ces données avec des archives historiques, des registres paroissiaux et des cartes géographiques pour reconstituer les itinéraires de propagation. Cette approche multidisciplinaire a permis de confirmer des hypothèses anciennes et d'en découvrir de nouvelles sur les routes empruntées par la maladie.
Les résultats de l'étude révèlent que la peste noire est entrée en Europe par plusieurs portes d'entrée majeures. La première, et la plus connue, est le port de Gênes en Italie, où des navires en provenance de la mer Noire ont accosté en 1347. D'autres foyers initiaux ont été identifiés en Espagne, en France et dans les îles britanniques. La maladie s'est ensuite propagée le long des axes commerciaux et des routes terrestres, notamment la route de la soie, mais aussi via les voies fluviales comme le Danube. Les chercheurs estiment que la peste a mis environ 5 ans pour traverser l'Europe d'est en ouest, avec une vitesse moyenne de 10 à 20 kilomètres par an. Les zones densément peuplées et les régions commerçantes ont été les plus touchées.
La peste noire a eu des conséquences démographiques et sociales sans précédent en Europe. Les régions les plus touchées ont perdu entre 50 % et 70 % de leur population, ce qui a entraîné une pénurie de main-d'œuvre et une hausse des salaires pour les survivants. Cette situation a affaibli le système féodal, car les paysans, désormais plus rares, pouvaient négocier de meilleures conditions de travail. Les villes, souvent plus densément peuplées, ont été particulièrement vulnérables, avec des taux de mortalité pouvant atteindre 80 % dans certains quartiers. La maladie a également provoqué des mouvements de panique, des persécutions contre les minorités (comme les Juifs) et des changements dans les pratiques religieuses et funéraires.
Les travaux des chercheurs ont permis de confirmer que la peste noire n'était pas une maladie unique, mais une série d'épidémies successives causées par des souches différentes de *Yersinia pestis*. Ils ont également identifié des foyers de résistance ou de mutation bactérienne dans certaines régions, ce qui pourrait expliquer pourquoi certaines zones ont été moins touchées que d'autres. Ces découvertes ouvrent de nouvelles perspectives pour comprendre l'évolution des maladies infectieuses et leur impact sur les sociétés humaines. Elles soulignent aussi l'importance de la recherche en génétique ancienne pour éclairer l'histoire des épidémies et, potentiellement, préparer des réponses face aux futures pandémies.

