Collaborer sans oublier les deux côtés
Menotté par sa minorité, le premier ministre PSPP a malgré tout le choix de ses geôliers. Il doit tous les solliciter..
Le Parti québécois (PQ), dirigé par Paul St-Pierre Plamondon, a remporté les élections avec un score historique de 28% des voix exprimées, un niveau inédit au Québec et au Canada. Ce résultat lui permet de former un gouvernement minoritaire, c'est-à-dire qu'il ne détient pas la majorité absolue des sièges à l'Assemblée nationale. Cela signifie qu'il devra composer avec d'autres partis pour faire adopter ses lois. Le chef péquiste s'est dit «menotté» par cette situation, car il dépendra du soutien d'autres formations politiques pour gouverner. Son parti n'a obtenu aucun élu dans les six plus grandes villes du Québec, sauf à Québec (siège du chef) et à Montréal-Est, ce qui illustre une forte fragmentation géographique des votes.
Le Québec présente un paysage politique très divisé après ces élections. Le Parti conservateur du Québec (PCQ) d'Éric Duhaime a réalisé une percée inattendue, entrant à l'Assemblée nationale «par la grande porte» avec une représentation significative. Québec solidaire (QS), parti de gauche, a également renforcé son influence en obtenant une part de la balance du pouvoir, bien qu'il ait perdu trois députés et reculé en popularité. Le Parti libéral du Québec (PLQ) de Charles Milliard a vu sa députation doubler, mais reste loin derrière le PQ. Enfin, la Coalition avenir Québec (CAQ), dirigée par Christine Fréchette, a subi une défaite cuisante avec seulement 13% des voix et aucun siège, malgré un mandat de huit ans au pouvoir.
Paul St-Pierre Plamondon (PSPP) devra collaborer avec plusieurs partis pour gouverner efficacement, notamment avec le PCQ, le PLQ et QS. Le chef péquiste a été critiqué pour ses promesses irréalistes, comme un référendum en fin de mandat, qui ont coûté des voix aux libéraux et aux conservateurs. Son parti a également été accusé de recourir à des réflexes «irascibles et victimaires», ce qui a pu nuire à son image. Pour réussir, PSPP devra faire preuve d'ouverture et éviter de privilégier un seul parti, comme il l'a fait par le passé en qualifiant ses opposants d'«empêcheurs de tourner en rond».
Malgré les divisions, des sujets de collaboration existent entre les partis. Plusieurs priorités sont partagées, comme la réduction de la taille de l'État, la baisse des taxes sur l'essence, la lutte contre l'itinérance ou encore la création de logements. Le PQ pourrait s'allier avec le PLQ et QS pour aborder ces enjeux, notamment en matière d'éducation et d'urgence climatique. Ces alliances permettraient de faire avancer des dossiers sensibles, comme le sommet sur l'itinérance ou les états généraux en éducation. Cependant, la durée de vie des gouvernements minoritaires étant généralement courte (environ 20 mois), les partis devront agir rapidement pour concrétiser ces collaborations.
La défaite de la Coalition avenir Québec (CAQ) est perçue comme un «crève-cœur» pour Christine Fréchette et son équipe, qui avaient cru en une victoire malgré les prédictions défavorables dès l'hiver précédent. Le bilan de huit ans de gouvernance a été jugé trop lourd par les électeurs, bien que la cheffe démissionnaire ne mérite pas l'intégralité des critiques. La reconstruction du parti sera difficile, d'autant plus que l'abandon de la réforme du mode de scrutin est désormais regretté. Cette réforme aurait pu éviter que la CAQ, avec 13% des voix, ne soit totalement exclue de l'Assemblée nationale, alors que QS obtient neuf sièges avec 39 000 voix de moins.
Québec solidaire (QS) et le Parti conservateur du Québec (PCQ) jouent désormais un rôle central dans l'équilibre politique. QS, bien que moins influent qu'attendu, conserve une influence inédite grâce à sa position de faiseur de roi. Le parti devra faire preuve de pragmatisme pour répondre aux attentes de l'électorat, qui semble moins réceptif à ses propositions. De son côté, le PCQ, avec Éric Duhaime à sa tête, devra modérer ses positions et éviter les sorties controversées pour consolider sa place. Cette percée pourrait être sa seule chance de s'installer durablement, comme l'a été celle de l'Action démocratique du Québec (ADQ) par le passé, qui n'a pas survécu à son succès initial.

