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Société

La Russie est-elle en train de piller le patrimoine archéologique de la Crimée?

Slate FR · mis à jour il y a 3 h

Six expéditions archéologiques sont en cours en Crimée, sous l'égide de Moscou. Des agents russes sont accusés de fermer les yeux sur le pillage de sites antiques en échange de pots-de-vin, laissant disparaître de précieux vestiges..

Guerre et patrimoine menacé

La guerre en Ukraine, qui dure depuis 2022, a des conséquences bien au-delà des champs de bataille. Le patrimoine culturel, notamment archéologique, devient une cible stratégique. La Crimée, péninsule ukrainienne annexée par la Russie en 2014, illustre cette menace. Selon des sources ukrainiennes, Moscou mène actuellement six expéditions archéologiques dans cette région, officiellement pour étudier des sites antiques comme des cryptes ou des nécropoles. Cependant, Kiev et des organisations internationales dénoncent ces fouilles comme une forme de pillage culturel. Ce phénomène s’inscrit dans une stratégie plus large : effacer ou instrumentaliser l’histoire locale pour affaiblir l’identité nationale ukrainienne. La Convention de La Haye de 1954, qui protège les sites archéologiques, pourrait être violée par ces activités.

Sites archéologiques visés

Les expéditions russes ciblent des sites emblématiques de Crimée, comme le complexe funéraire d’Opushki, où trois cryptes sont examinées, ou encore la nécropole de Kyz-Aul, située au bord de la mer Noire. Un autre chantier se trouve près du site fortifié d’Artezian. Deux autres sites, non identifiés, font également l’objet de fouilles. Ces opérations sont menées sans l’autorisation des autorités ukrainiennes, ce qui soulève des questions sur leur légalité. Vadym Maïko, directeur de l’institut d’archéologie de Crimée, a confirmé ces travaux, mais les motivations réelles de Moscou restent floues. Ces sites, souvent liés à des civilisations anciennes comme les Grecs ou les Scythes, sont des témoignages précieux de l’histoire régionale.

500 000 artefacts découverts

Depuis l’annexion de la Crimée en 2014, la Russie a multiplié les campagnes de fouilles illégales, mettant au jour près de 500 000 objets archéologiques. Ces artefacts, qui pourraient inclure des poteries, des pièces de monnaie ou des objets rituels, sont considérés comme un trésor culturel pour l’Ukraine. Leur déplacement vers la Russie est perçu comme une perte irréparable pour le patrimoine ukrainien. En juillet 2026, l’Unesco a inscrit le site de Chersonèse, une cité grecque antique située à Sébastopol, sur sa liste du patrimoine mondial en péril. L’institution onusienne justifie cette décision par les graves dommages causés par les fouilles russes et les travaux associés.

Accusations de corruption

Le Centre national de résistance ukrainien accuse les agents de sécurité russes de faciliter le pillage des antiquités en échange de pots-de-vin. Ces pratiques permettraient à des pilleurs d’emporter des objets anciens sans contrôle. En avril 2026, les services de renseignement militaire ukrainiens ont identifié sept archéologues et historiens russes impliqués dans des fouilles suspectes. Kiev a engagé des poursuites contre certains d’entre eux, mais leur arrestation et leur jugement restent incertains. La difficulté à obtenir justice est illustrée par le cas d’Alexandre Boutiaguine, un archéologue russe accusé d’avoir causé 4,8 millions de dollars (4,2 millions d’euros) de dommages sur un site antique. Arrêté en Pologne, il a été échangé contre un prisonnier biélorusse et est rentré en Russie sans être jugé.

Ce que ça pourrait changer

Les fouilles russes en Crimée pourraient violer le droit international, notamment la Convention de La Haye de 1954. Ce traité, ratifié par de nombreux pays, impose aux États de protéger les sites archéologiques et de prévenir leur pillage ou leur détournement. La Russie, en menant ces expéditions sans l’accord de l’Ukraine, s’expose à des sanctions ou à des condamnations sur la scène internationale. Cependant, l’efficacité de ces mécanismes reste limitée, surtout lorsque les territoires concernés sont sous occupation militaire. L’Unesco, qui a placé Chersonèse sur sa liste des sites en péril, tente de sensibiliser l’opinion publique, mais son action dépend de la coopération des États membres.

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