Les plateformes Web provoquent des milliards en dommages chez les jeunes Canadiens
La société doit éponger une facture entre 2 et 4,8 milliards de dollars, selon une nouvelle modélisation..
Une étude publiée en 2026 estime que l'utilisation excessive des plateformes web par les jeunes Canadiens (moins de 25 ans) coûte entre 2 et 4,8 milliards de dollars par an à la société. Ce chiffre inclut les dépenses publiques en santé, éducation et justice, ainsi que les pertes de productivité. Par exemple, le suicide d'un jeune lié à des dérives en ligne représente un coût d'au moins 3,15 millions de dollars pour la société. Ces préjudices vont de la cyberintimidation à l'auto-mutilation numérique, en passant par les troubles alimentaires, la dépendance aux réseaux sociaux ou encore l'exploitation sexuelle en ligne. Les adolescents canadiens passent en moyenne près de cinq heures par jour sur les réseaux sociaux, un temps d'exposition élevé aux risques mentionnés.
L'étude intitulée La sécurité en ligne au Canada. Le coût économique et budgétaire de l'inaction a été commandée par la Coalition pour des espaces en ligne sécuritaires, un regroupement d'organisations qui milite pour une régulation plus stricte des plateformes. Elle a été réalisée par Tyler Meredith, ancien conseiller économique des gouvernements de Justin Trudeau, Bill Morneau et Chrystia Freeland. Ce chercheur en politiques publiques a modélisé les coûts en s'appuyant sur des données publiques et des rapports étrangers. L'objectif affiché est de convaincre le gouvernement fédéral d'agir rapidement pour encadrer ces plateformes, en montrant que le coût de l'inaction dépasse largement celui d'une régulation adaptée.
Parmi les préjudices analysés, on retrouve l'intimidation en ligne (subie par un jeune sur quatre), l'auto-mutilation numérique (expérimentée par un sur dix), les troubles alimentaires, la dépendance aux réseaux sociaux, les discours haineux, l'exploitation sexuelle et le jeu pathologique. Ces problèmes ont des impacts variés : certains, comme la cyberintimidation, affectent directement la santé mentale, tandis que d'autres, comme le jeu en ligne, peuvent entraîner des dettes ou des comportements à risque. L'étude souligne que 18 % à 25 % des suicides chez les jeunes seraient liés à des dérives en ligne, un chiffre qui illustre l'ampleur des conséquences.
Les coûts sont principalement supportés par les systèmes publics : santé, éducation et justice. Par exemple, la perte de productivité des jeunes victimes se traduit par une baisse des recettes fiscales pour l'État. Le rapport estime que ces coûts représentent entre 0,06 % et 0,15 % du PIB canadien, soit l'équivalent de 178 $ à 422 $ par enfant et par an. Les dépenses varient selon les préjudices : un suicide coûte au moins 3,15 millions de dollars, tandis que les troubles alimentaires ou la dépendance aux réseaux sociaux engendrent des coûts récurrents pour les services de santé. Ces chiffres montrent que les conséquences économiques sont aussi graves que les conséquences humaines.
Pour réduire ces coûts, l'étude propose la création d'un organisme public chargé de réguler les plateformes en ligne. Son coût annuel serait estimé entre 50 et 60 millions de dollars, un montant bien inférieur aux milliards dépensés chaque année pour réparer les dommages. En Australie, un tel organisme coûte 42 millions de dollars, et au Royaume-Uni, 150 millions. Le rapport critique l'inaction du gouvernement canadien, qui a déposé trois projets de loi en cinq ans sans jamais les adopter. En 2026, le projet de loi C-34, rebaptisé médias sociaux sécuritaires, propose notamment d'interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans et de bloquer l'accès des mineurs à certains sites pornographiques.
Le gouvernement Trudeau a tenté à plusieurs reprises de légiférer sur la sécurité en ligne, mais sans succès. En 2021, le ministre Steven Guilbeault a proposé une loi contre la haine en ligne, qui est morte au feuilleton après les élections. En 2024, un projet de loi contre les préjudices en ligne a également échoué le jour de la démission de Justin Trudeau. En 2025, le nouveau gouvernement de Mark Carney a intégré ce dossier dans un ministère de l'Identité et de la Culture canadiennes, avant de déposer en juin 2026 le projet de loi C-34. Ce dernier vise à créer une Commission canadienne de la sécurité numérique et à interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Le texte doit être débattu à l'automne 2026.
Le projet de loi *C-34* prévoit des exceptions, comme l'utilisation des plateformes d'*intelligence artificielle* (IA), malgré leur rôle suspecté dans des événements tragiques, comme la tuerie de Tumbler Ridge. Le gouvernement souhaite plutôt intégrer l'IA dans les écoles, en exigeant que ces technologies soient conçues de manière sécuritaire pour les enfants. Cette approche montre une volonté de concilier innovation et protection, mais elle laisse planer des questions sur l'efficacité réelle des mesures proposées. Les plateformes devront également vérifier l'âge des utilisateurs, une tâche complexe qui soulève des défis techniques et éthiques.

