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Droit

« La priorité s’écrit invariablement au masculin » : la colère de Gisèle Halimi, il y a 50 ans dans « le Nouvel Obs »

Nouvel Obs : Droits des femmes · mis à jour il y a 18 h

Deux ans après sa création, le secrétariat à la Condition féminine passait à la trappe. « Nous étions devenues [ce] qui fait vendre dans une étude de marché », dénonçait Gisèle Halimi le 27 septembre 1976 dans notre journal..

Création du secrétariat

Le 22 juillet 1974, le président de la République française Valéry Giscard d'Estaing crée un secrétariat d'État à la Condition féminine, confié à Françoise Giroud. Ce poste ministériel, inédit, vise à reconnaître officiellement les droits des femmes et à promouvoir l'égalité entre les sexes en France. À cette époque, les femmes représentent plus de 38 % de la population active, soit environ huit millions de personnes, mais subissent encore des discriminations systémiques dans la société, le travail et la vie politique. Françoise Giroud, journaliste et femme politique, devient ainsi la première figure officielle chargée de défendre les droits des femmes au sein du gouvernement. Son rôle symbolise une avancée majeure pour le féminisme en France, même si les moyens concrets et les pouvoirs réels de ce secrétariat restent limités.

Disparition du ministère

Le 27 août 1976, lors d'un remaniement gouvernemental, le secrétariat d'État à la Condition féminine est supprimé par le président Valéry Giscard d'Estaing. Françoise Giroud est alors reléguée à un autre poste, celui de ministre de la Culture, tandis que le ministère dédié aux droits des femmes disparaît. Cette décision intervient à peine deux ans après sa création, suscitant une vive réaction de la part de l'avocate et féministe Gisèle Halimi. Dans un article publié le 27 septembre 1976 dans Le Nouvel Observateur, elle dénonce cette suppression comme un recul majeur pour les droits des femmes. Gisèle Halimi questionne ironiquement si cette disparition marque l'accomplissement de la mission d'égalité ou, au contraire, un échec cuisant des politiques publiques en faveur des femmes.

Réaction de Gisèle Halimi

Gisèle Halimi, figure emblématique du féminisme français, réagit avec une colère visible à la suppression du secrétariat d'État à la Condition féminine. Dans son article du 27 septembre 1976, elle critique vivement cette décision en utilisant une formule cinglante : « La priorité s’écrit invariablement au masculin ». Pour elle, cette suppression illustre une tendance récurrente où les droits des femmes sont relégués au second plan, voire sacrifiés pour des raisons politiques ou symboliques. Halimi souligne que les femmes, bien que représentant plus de 38 % de la population active, restent invisibilisées dans les décisions gouvernementales. Elle compare cette situation à une étude de marché où les droits des femmes ne seraient qu'un argument commercial passager, sans réelle volonté de transformation sociale.

Contexte politique

La suppression du secrétariat d'État à la Condition féminine s'inscrit dans un contexte politique marqué par des tensions entre modernisation et conservatisme en France. Valéry Giscard d'Estaing, président de droite libérale, a pourtant été perçu comme un réformateur sur certains sujets sociétaux, comme le divorce par consentement mutuel ou l'avortement (loi Veil de 1975). Cependant, cette décision de 1976 montre que les avancées pour les droits des femmes restent fragiles et dépendent des priorités politiques du moment. Gisèle Halimi et d'autres féministes de l'époque y voient une preuve que l'égalité réelle n'est pas une priorité pour les gouvernements, malgré les discours progressistes.

Ce que ça pourrait changer

La suppression du secrétariat d'État à la Condition féminine en 1976 marque un tournant dans l'histoire du féminisme français. Bien que Françoise Giroud ait continué à œuvrer pour les droits des femmes depuis son nouveau poste, cette décision a montré les limites des réformes institutionnelles en matière d'égalité. Gisèle Halimi, à travers son article, a contribué à alimenter le débat public sur la nécessité de structures dédiées aux droits des femmes. Son intervention rappelle que les avancées féministes ne sont jamais acquises définitivement et doivent être défendues en permanence. Cette affaire illustre aussi l'importance de la vigilance citoyenne et de la pression militante pour faire évoluer les politiques publiques.

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