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Société

Folk horror: pourquoi ce sous-genre du cinéma d'horreur venu d'Angleterre ne s'impose t-il pas en France?

Slate FR · mis à jour il y a 2 h

Le Royaume-Uni a donné naissance aux œuvres fondatrices du folk horror, de «The Wicker Man» à «Kill List». Malgré ses mégalithes, ses légendes et ses traditions régionales, la France est restée en marge de ce genre fascinant.

Définition du folk horror

Le folk horror est un sous-genre du cinéma d'horreur né en Angleterre à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Il puise son inspiration dans le folklore rural, les mythes anciens et les légendes locales, en mettant en scène des rituels occultes, des divinités anciennes ou des communautés isolées. Contrairement à d'autres formes d'horreur, il ne repose pas uniquement sur une esthétique, mais sur des tensions culturelles comme le conflit entre passé et présent, moderne et ancien, ou encore urbain et rural. Des films comme The Witch (2015) ou Midsommar (2019) ont relancé son succès international. Le terme folk désigne ici la culture populaire traditionnelle, souvent liée à la campagne, aux cycles des saisons et aux croyances païennes.

Origines britanniques

Le folk horror trouve ses racines dans l'histoire et le paysage britanniques, marqués par des vestiges préhistoriques comme Stonehenge ou Avebury. Ces sites, intégrés à un réseau de musées et de sentiers balisés, sont considérés comme des symboles fondateurs de l'identité nationale. Environ 4 700 monuments funéraires mégalithiques (dolmens, allées couvertes, tertres) sont recensés en France, mais leur exploitation dans l'imaginaire collectif diffère. Au Royaume-Uni, ces lieux conservent une aura mystérieuse, alimentant des récits où le passé influence encore le présent. Par exemple, le film The Wicker Man (1973) met en scène un rituel au milieu des mégalithes, tandis que In the Earth (2021) évoque un menhir dans une forêt.

Paganisme et folklore

Le paganisme (croyances polythéistes antérieures au christianisme) est central dans le folk horror. Il désigne à l'origine les traditions rurales, souvent en opposition aux valeurs urbaines et chrétiennes. Les mouvements néo-païens modernes, comme le néo-druidisme, perpétuent ces croyances, même si elles sont parfois réinventées. Un symbole emblématique est le Green Man (homme vert), une figure végétale présente dans l'art et l'architecture britanniques, incarnant la nature cyclique. En France, ces traditions ont été christianisées ou reléguées au rang de folklore local, perdant leur dimension vivante et collective.

Différence France-Royaume-Uni

La France compte autant de sites mégalithiques que le Royaume-Uni (environ 4 700), mais leur place dans l'imaginaire national diffère. En France, ces vestiges sont souvent perçus comme des objets d'étude historiques ou des attractions touristiques, tandis qu'au Royaume-Uni, ils restent liés à des récits mythiques et à une culture populaire encore active. La Révolution française et les Lumières ont contribué à effacer ou folkloriser ces traditions, les reléguant à des curiosités régionales. Seule la Bretagne conserve un lien plus vivant avec son folklore, mais sans que cela se traduise par une production cinématographique ou littéraire majeure dans le genre.

Exemples en France

En France, peu d'œuvres sont clairement identifiées comme folk horror. Le film Le Pacte des Loups (2001), inspiré de la légende de la Bête du Gévaudan, est souvent cité comme une exception. La série Zone Blanche s'en approche parfois, mais de manière timide. Côté littérature, des auteurs comme Claude Seignolle ont exploré ces thèmes, mais la production reste limitée comparée à celle du Royaume-Uni, des États-Unis ou de l'Asie. Les récits folkloriques français, comme les légendes arthuriennes ou les lavandières de nuit bretonnes, sont souvent cantonnés à des formats grand public, comme des séries policières peu ambitieuses.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs facteurs expliquent pourquoi le *folk horror* ne s'impose pas en France. D'abord, l'histoire nationale a effacé ou folklorisé ces traditions, notamment via la christianisation, les Lumières et la centralisation républicaine. Ensuite, le folklore français est souvent perçu comme un héritage lointain, tandis qu'au Royaume-Uni, il est vécu comme une réalité encore présente. Enfin, les créateurs français privilégient d'autres sous-genres d'horreur ou adaptent ces motifs de manière superficielle, sans en exploiter la profondeur culturelle et politique. Pourtant, le cinéma d'horreur français reste dynamique, mais sans ancrage dans ce sous-genre spécifique.

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