Pour sauver sa centrale nucléaire, la Hongrie construit un barrage sans autorisation environnementale
La sécheresse historique qui a touché le Danube cet été menace le fonctionnement de la centrale nucléaire de Paks, en Hongrie. Pour éviter son arrêt, le Premier ministre Péter Magyar a lancé, à la mi-août, la construction d'un seuil de pierre dans le fleuve, sans autorisation environnementale ni concertation avec les pays voisins, rapporte Mediapart le 12 octobre.
La Hongrie fait face à un problème majeur avec sa centrale nucléaire de Paks, située à environ 100 kilomètres au sud de Budapest. Construite dans les années 1980, cette centrale fournit près de 50 % de l'électricité du pays. Cependant, son refroidissement dépend d'un système utilisant l'eau du Danube, un fleuve essentiel pour l'environnement et les activités humaines. Or, le débit du Danube a fortement diminué ces dernières années en raison de sécheresses répétées et de prélèvements excessifs en amont, notamment en Allemagne et en Autriche. Sans un débit suffisant, la centrale risque de devoir réduire sa production, voire s'arrêter temporairement, ce qui menacerait l'approvisionnement énergétique de la Hongrie. Pour éviter cette situation, le gouvernement hongrois a décidé de construire un barrage sur le Danube, malgré l'absence d'autorisation environnementale.
Le projet de barrage, nommé Nagymaros, est situé à environ 30 kilomètres en amont de la centrale de Paks. Son objectif est de réguler le débit du Danube pour garantir un approvisionnement en eau suffisant à la centrale, même en période de sécheresse. Cependant, ce projet est très controversé. D'une part, il a été lancé sans respecter les procédures légales d'autorisation environnementale, ce qui est illégal selon les réglementations européennes et hongroises. D'autre part, les associations écologistes et les experts s'inquiètent des conséquences environnementales. Le Danube est un écosystème riche et fragile, abritant de nombreuses espèces protégées. Un barrage pourrait perturber les habitats naturels, modifier les courants, et affecter la qualité de l'eau. De plus, ce projet s'inscrit dans un contexte de tensions politiques, car il a été décidé par le gouvernement du Premier ministre Viktor Orbán, connu pour ses positions controversées sur l'environnement et l'énergie.
La construction du barrage a suscité des réactions vives de la part des écologistes et des institutions européennes. En Hongrie, des associations comme Levél (une ONG environnementale) et des citoyens ont porté plainte contre le gouvernement pour non-respect des règles environnementales. À l'échelle européenne, la Commission européenne a déjà ouvert une procédure d'infraction contre la Hongrie pour violation du droit de l'environnement, notamment de la directive européenne sur l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement. Par ailleurs, ce projet soulève des questions sur la dépendance de la Hongrie à l'énergie nucléaire. Avec 4 réacteurs en fonctionnement, le pays mise massivement sur le nucléaire pour assurer son indépendance énergétique, mais cette stratégie est de plus en plus critiquée en raison des risques environnementaux et des coûts élevés. Enfin, le barrage de Nagymaros pourrait aussi servir à d'autres usages, comme la production d'hydroélectricité ou l'irrigation, mais ces aspects restent flous dans le projet actuel.
Le gouvernement hongrois a justifié la construction du barrage par l'urgence de sécuriser l'approvisionnement en eau de la centrale de Paks, arguant que les procédures environnementales prendraient trop de temps. Cependant, cette décision expose la Hongrie à des sanctions juridiques et financières. La Commission européenne a déjà mis en garde Budapest contre les risques de violation du droit européen, ce qui pourrait entraîner des amendes ou des poursuites devant la Cour de justice de l'Union européenne. Par ailleurs, des recours juridiques internes sont en cours, portés par des associations et des citoyens. Ces procédures pourraient bloquer ou retarder le projet, mais elles risquent aussi de prolonger l'incertitude pour la centrale nucléaire. Enfin, cette situation met en lumière les tensions entre les impératifs économiques (sécuriser l'énergie) et les exigences environnementales (protéger les écosystèmes), un débat qui dépasse largement les frontières de la Hongrie.

