Des experts réclament davantage de diplomates spécialistes de l’Arctique
En 2024, Ottawa a dévoilé une politique pour l’Arctique axée sur la collaboration nationale et internationale..
L’Arctique est une région du globe située autour du pôle Nord, partagée entre plusieurs pays comme le Canada, la Russie, les États-Unis (via l’Alaska), le Groenland (territoire autonome danois), la Norvège, la Suède, la Finlande et l’Islande. Depuis 2022 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, cette zone est devenue un point chaud géopolitique, c’est-à-dire un lieu où les tensions entre États s’intensifient. En effet, la fonte des glaces due au réchauffement climatique ouvre de nouvelles routes maritimes et rend accessibles des ressources naturelles, ce qui suscite des convoitises. Le Canada, qui possède une longue côte arctique, cherche à renforcer sa présence dans cette région pour protéger ses intérêts sécuritaires, économiques et politiques. Cependant, des experts estiment que le pays manque de diplomates spécialisés pour gérer ces enjeux complexes et multiformes.
Le Canada dispose d’une politique étrangère dédiée à l’Arctique depuis 2024, visant à renforcer la collaboration internationale face aux menaces émergentes. Pourtant, le ministère des Affaires mondiales (anciennement Affaires étrangères) manque de diplomates spécialisés dans cette région. Natan Obed, président de l’Inuit Tapiriit Kanatami (organisation représentant les Inuit du Canada), souligne que le vivier de compétences en diplomatie arctique est insuffisant. En 2023, le gouvernement a même fermé le Centre international canadien de l’Arctique (CIAC), une structure clé pour former les diplomates et faciliter les échanges avec les partenaires arctiques. Cette décision a été critiquée, car elle a privé le Canada de ressources essentielles, comme le programme Initiative de leadership mondial dans l’Arctique, et a réduit l’influence du pays dans la région.
Pour compenser ce manque, le Canada a nommé en 2025 Virginia Mearns comme ambassadrice pour l’Arctique et prévoit d’ouvrir de nouveaux consulats au Groenland et en Alaska. Le pays a également annoncé des investissements de plusieurs milliards de dollars pour renforcer sa défense et ses infrastructures dans le Nord. Artur Wilczynski, ancien ambassadeur du Canada en Norvège (2014-2018) et spécialiste en renseignement, insiste sur la nécessité d’augmenter le nombre de diplomates arctiques pour développer des relations solides avec les partenaires circumpolaires (c’est-à-dire autour du pôle Nord). Selon lui, une simple participation à des visioconférences (appels Zoom) ne suffit pas pour comprendre les enjeux complexes de l’Arctique. Il estime que cette région est un intérêt prioritaire pour le Canada, tant sur le plan sécuritaire qu’économique.
Les Inuit, peuple autochtone du Canada, jouent un rôle clé dans la diplomatie arctique. Leur organisation, l’Inuit Tapiriit Kanatami, souligne que le Canada pourrait mieux exploiter leur expertise et leurs réseaux pour établir des liens avec d’autres communautés arctiques. Natan Obed affirme que les Inuit peuvent aider le pays à nouer des partenariats autour du pôle Nord, notamment dans des domaines comme la transition écologique ou le développement économique. Par ailleurs, Marc Lanteigne, politologue à l’Université arctique de Norvège, met en avant l’importance de la paradiplomatie, c’est-à-dire les actions menées par des acteurs non étatiques (communautés locales, chercheurs, entreprises) pour renforcer la coopération internationale. Selon lui, le Canada n’a pas besoin d’une présence diplomatique massive dans des villes comme Nuuk (Groenland) ou Anchorage (Alaska), mais plutôt de liens concrets entre les acteurs locaux, les entreprises et les chercheurs.
Les déclarations du président américain Donald Trump en 2023, évoquant une possible annexion du Groenland, du Canada et de l’Islande, ont ravivé les tensions en Arctique. Ces propos ont renforcé le statut du Canada comme partenaire privilégié pour la coopération économique et éducative dans la région. Marc Lanteigne explique que les habitants du Groenland et de la Norvège s’inquiètent de l’intérêt soudain des grandes puissances pour l’Arctique, notamment en raison des nouvelles routes maritimes et des ressources naturelles. Dans ce contexte, le Canada pourrait se positionner comme un acteur modérateur, en identifiant des domaines d’intérêt commun avec ses partenaires, malgré les divergences géopolitiques. L’objectif serait de travailler ensemble sur des sujets comme la transition écologique ou la sécurité, tout en évitant les conflits.

