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Géopolitique

Comment la Chine étend-elle son offensive du yuan en Afrique ?

Courrier International · mis à jour il y a 23 h

En signant un accord avec le système chinois de paiement Cips, le groupe bancaire panafricain Ecobank entend faciliter les règlements en yuans sur le continent. De quoi réduire les coûts de transaction, mais aussi contribuer à l’expansion de la monnaie chinoise à l’international.

Accord Ecobank-Cips

Le groupe bancaire panafricain Ecobank, présent dans 30 pays africains, a signé un accord avec le système chinois de paiement Cips (Cross-Border Interbank Payment System) le 10 octobre 2026 à Pékin. Cet accord vise à faciliter les règlements en yuans entre les entreprises africaines et leurs partenaires chinois. Le Cips, créé en 2015, permet d'effectuer des transactions transfrontalières directement en yuans, sans passer par le dollar américain. Cette initiative s'inscrit dans une stratégie plus large de la Chine pour promouvoir l'usage international de sa monnaie. Les échanges sino-africains ont atteint environ 310 milliards d'euros en 2025, avec 200 milliards d'euros d'exportations chinoises vers l'Afrique et 110 milliards d'euros d'importations africaines depuis la Chine.

Avantages du yuan

L'utilisation du yuan pour les transactions sino-africaines présente plusieurs avantages pour les pays africains. Depuis le 1er mai 2026, la Chine applique une politique de zéro droit de douane sur les produits importés en provenance des 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques. Cela rend les échanges plus attractifs. De plus, les règlements en yuans permettent d'éviter des frais supplémentaires liés aux conversions intermédiaires en dollars, comme c'était le cas auparavant. Par exemple, la Zambie collecte désormais ses impôts miniers en yuans depuis janvier 2026, et le Kenya a converti une partie de sa dette en dollars en yuans en octobre 2025. Ces mesures visent à fluidifier les échanges et à réduire la dépendance au dollar américain, qui représente actuellement 50,2 % des paiements bancaires mondiaux via le réseau Swift en janvier 2025.

Objectifs chinois

Pour la Chine, l'expansion du yuan en Afrique s'inscrit dans une stratégie géopolitique et économique plus large. Pékin cherche à réduire l'influence du dollar américain dans les échanges internationaux, notamment face aux sanctions occidentales. Le Cips est un outil clé pour y parvenir, car il permet de contourner les systèmes de paiement dominés par l'Occident, comme Swift ou Visa, jugés coûteux et peu souverains. La Chine promeut ainsi l'usage international de sa monnaie, tout en renforçant ses liens économiques avec le continent africain. Cependant, malgré ces avancées, le dollar reste dominant : en janvier 2025, il représentait 50,2 % des paiements mondiaux via Swift, contre seulement 2 à 3 % pour le yuan. Le Cips ne suffira donc pas à lui seul à établir une dédollarisation complète du commerce sino-africain.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs pays africains adoptent progressivement le yuan pour leurs transactions avec la Chine, mais cette adoption reste inégale et progressive. Par exemple, l'Éthiopie a étudié la conversion d'une partie de sa dette en dollars en yuans, tandis que d'autres pays comme le Kenya ou la Zambie ont déjà franchi le pas. Cette tendance reflète une volonté croissante de certains États africains de reprendre le contrôle de leurs systèmes de paiement et de réduire leur dépendance aux devises occidentales. Cependant, le dollar conserve une place centrale dans le commerce mondial, et son hégémonie ne semble pas menacée à court terme. Les systèmes comme le Cips ou les initiatives locales (comme la collecte d'impôts en yuans) restent des outils complémentaires plutôt que des alternatives radicales.

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