Bien que l'on puisse prédire le risque de tornade, il est toujours impossible de prévoir le lieu exact où elle frappera
Lundi 24 août, le sud-ouest de la France était en vigilance orange pour orage, quand une tornade a frappé le village de Pomas, au sud de Carcassonne, dans l’Aude, faisant plusieurs blessés et touchant des centaines d’habitations. Retour avec Flavio Pons, spécialiste des tornades et chercheur associé au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, sur ce phénomène rare en Europe, sur les effets du changement climatique et sur notre capacité à les prévoir..
Une tornade est un phénomène météorologique caractérisé par un tourbillon d'air en rotation intense, qui touche le sol et est relié à la base d'un nuage orageux. Son diamètre varie de quelques mètres à plus de quatre kilomètres, comme pour la tornade d'El Reno (Oklahoma) en 2013, qui a atteint 4,2 km de large. La durée de vie d'une tornade peut aller de quelques secondes à plus d'une heure, avec des vitesses de déplacement pouvant dépasser 100 km/h. Les tornades européennes sont généralement plus petites et moins durables que leurs homologues américaines. Leur formation nécessite un contact avec le sol pour générer des dégâts, contrairement aux nuages en tube qui ne touchent pas le sol et ne sont pas considérés comme des tornades.
Trois ingrédients principaux sont nécessaires à la formation d'une tornade : un orage, de l'instabilité atmosphérique et de l'humidité. Le facteur clé est le cisaillement du vent, une variation de la vitesse et de la direction du vent selon l'altitude, qui crée une rotation horizontale de l'air appelée vorticité. Les courants ascendants dans l'orage verticalisent cette rotation, formant la tornade sous le nuage. Les tornades les plus violentes, comme celle du 24 août dans l'Aude, se produisent généralement dans des orages supercellulaires, où l'ensemble de l'orage tourne (mésocyclone). Ces supercellules favorisent la formation et l'intensification des tornades.
La tornade du 24 août 2025 dans l'Aude s'est formée dans un contexte météorologique exceptionnel. La Méditerranée affichait une température moyenne de 28°C, avec des zones dépassant 30°C, soit 2°C au-dessus de la moyenne 1991-2020, établissant un record historique. Une dépression subtropicale, chargée d'air chaud et humide, s'est approchée de la France en apportant une énergie propice aux orages violents. La configuration des vents dans le sud-est de la France a favorisé une rotation au sein des orages, réunissant tous les ingrédients nécessaires à la formation d'une tornade d'intensité considérable pour la région.
Le réchauffement climatique influence certains facteurs favorisant les tornades, comme l'augmentation de l'énergie disponible pour les orages due à des températures plus élevées et une humidité accrue. La Méditerranée, qui se réchauffe rapidement, devient un réservoir d'énergie pour les orages méditerranéens, notamment entre la fin de l'été et l'automne. Cependant, il est difficile d'établir un lien direct entre le changement climatique et l'augmentation des tornades en Europe. Les données historiques sont limitées, car les tornades sont rares (quelques dizaines par an en France) et leur observation nécessite des réseaux radar et des systèmes de détection sophistiqués, absents en Europe. Aux États-Unis, où les tornades sont plus fréquentes, aucune tendance claire d'augmentation ou de diminution n'a été observée.
Il est possible de prévoir un risque de tornade 2 à 3 jours à l'avance, en identifiant des zones orageuses favorables à leur formation. Cependant, prédire avec précision le lieu et l'heure exacts d'une tornade reste impossible aujourd'hui. Les États-Unis utilisent une technique appelée nowcasting (prévision immédiate), qui permet d'émettre des alertes quelques dizaines de minutes avant l'impact, grâce à des radars et des chasseurs d'orages. En Europe, cette approche est difficile à mettre en œuvre en raison du manque de réseaux radar denses, de chasseurs d'orages et de ressources humaines spécialisées. Les tornades restent des événements trop rares pour justifier un système de détection dédié à grande échelle.
Flavio Pons, chercheur au *Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement* (LSCE) à l'Université Paris-Saclay et associé à *Science Partners*, a analysé la tornade de l'Aude. Ses travaux portent sur l'impact du changement climatique sur les phénomènes météorologiques violents. Les institutions comme le LSCE étudient les tendances à long terme, tandis que des organismes comme *The Conversation* ou *MedMOS* (Observatoire méditerranéen des vagues de chaleur marines) contribuent à la diffusion des connaissances. En Europe, la coordination des systèmes de détection des tornades reste un défi, en raison des coûts et de la rareté des événements.

