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Si l’IA est capable de tout traduire, pourquoi encore apprendre des langues étrangères ?

The Conversation France · mis à jour il y a 23 j

Même à l’heure de la traduction instantanée par intelligence artificielle, l’apprentissage d’une nouvelle langue demeure bénéfique. En effet, de nombreux indices suggèrent qu’elle améliore la résilience cognitive du cerveau à mesure que l’on avance en âge.

Traduction IA omniprésente

Les outils d’intelligence artificielle développés par des entreprises comme OpenAI, Meta et Google permettent désormais des traductions quasi instantanées dans des dizaines de langues. Ces technologies, intégrées à des plateformes comme TikTok ou les visioconférences, abolissent les barrières linguistiques en temps réel. Leur précision et leur rapidité posent une question légitime : l’apprentissage des langues étrangères reste-t-il utile face à cette révolution technologique ? L’article souligne que, malgré ces avancées, l’effort cognitif et culturel lié à l’apprentissage d’une langue conserve des bénéfices uniques, impossibles à reproduire par une simple traduction automatique.

Outils cognitifs historiques

L’humain a toujours utilisé des outils pour déléguer une partie de son travail cognitif, comme l’écriture pour soulager la mémoire ou les calculatrices pour les calculs mentaux. L’intelligence artificielle s’inscrit dans cette tradition en offrant une aide à l’apprentissage. Cependant, l’article distingue deux usages : l’outil qui étend les capacités humaines et celui qui remplace tout effort. Cette nuance est cruciale, car le second usage peut entraîner l’effacement de l’engagement cognitif et culturel associé à l’apprentissage d’une langue. Par exemple, utiliser une IA pour traduire un texte évite de mobiliser les réseaux cérébraux sollicités par la recherche du mot juste ou la construction de sens, ce qui limite les bénéfices à long terme.

Effort et résilience cognitive

L’effort joue un rôle central dans l’acquisition des connaissances, comme le montrent les recherches en psychologie sur les « difficultés désirables » : des défis qui semblent inutiles sur le moment mais renforcent la rétention et la compréhension à long terme. Apprendre une langue étrangère implique de se confronter à la grammaire, de chercher le mot approprié ou de construire du sens, ce qui active des réseaux cérébraux liés à la mémoire, l’attention et la flexibilité cognitive. Ces activités contribuent à la résilience cognitive, c’est-à-dire la capacité du cerveau à préserver ses fonctions malgré le vieillissement. Le cerveau multilingue doit en effet arbitrer entre plusieurs langues, surveiller le contexte et s’y adapter, un processus exigeant qui stimule les capacités cognitives.

Multilinguisme et fonctions cérébrales

Les études sur le multilinguisme montrent des résultats contrastés : certaines associent le fait de parler plusieurs langues à des bénéfices en matière d’attention ou de mémoire de travail, tandis que d’autres ne relèvent aucune différence significative. Une recherche récente menée sur 94 adultes âgés de 18 à 83 ans a révélé que les personnes multilingues performaient mieux dans des tâches mobilisant la mémoire de travail visuospatiale, notamment les personnes âgées. Ces effets suggèrent que le multilinguisme ne booste pas la cognition de manière générale, mais contribue à préserver des fonctions spécifiques au fil du temps. D’autres études lient le multilinguisme à un déclenchement plus tardif de maladies comme Alzheimer et à un vieillissement globalement plus sain, bien que les mécanismes exacts restent débattus.

Limites culturelles de l'IA

Les outils de traduction par IA excellent pour restituer le sens littéral d’un texte ou d’une phrase, mais échouent souvent à saisir les dimensions sociales, émotionnelles ou culturelles du langage. Par exemple, une scène du film Love Actually repose sur l’imperfection d’une déclaration en portugais, où les mots maladroits traduisent l’effort, la vulnérabilité et l’intention du personnage. Une traduction automatique n’aurait pas pu transmettre cette nuance. De même, une langue comme l’afrikaans peut être perçue comme la langue des émotions intenses, tandis que l’anglais sert davantage pour les affaires, comme le témoignent des locuteurs multilingues. Ces exemples illustrent que l’apprentissage d’une langue permet de comprendre comment les autres perçoivent le monde et de s’exprimer différemment, ce qu’une IA ne peut pas reproduire.

Ce que ça pourrait changer

L’intelligence artificielle ne remplacera pas l’effort cognitif et culturel nécessaire pour apprendre une langue, mais elle peut jouer un rôle complémentaire. Elle permet de personnaliser l’enseignement, de franchir certains obstacles (comme la prononciation) et d’offrir un accompagnement à grande échelle. Par exemple, des outils comme ChatGPT peuvent aider à pratiquer une langue ou à comprendre des concepts grammaticaux. Cependant, l’article insiste sur le fait que l’IA ne peut pas se substituer à l’expérience humaine d’une langue, qui implique des interactions, des émotions et une construction identitaire. L’apprentissage d’une langue reste un investissement qui enrichit la perception du monde et l’expression de soi, des bénéfices que la traduction automatique ne peut pas offrir.

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