« C’est pire que le Coca » : des députés veulent interdire les boissons énergisantes aux moins de 16 ans
Un rapport parlementaire, publié ce mercredi, recommande d’interdire la vente de Red Bull, Monster et autres boissons énergisantes aux moins de 16 ans. Son rapporteur, l’ancien ministre de la Santé Yannick Neuder, alerte sur leurs effets chez les adolescents..
Deux députés français, Yannick Neuder (ancien ministre de la Santé, LR) et Sandrine Runel (PS), proposent d'interdire la vente de boissons énergisantes aux moins de 16 ans. Cette mesure, incluse dans un rapport parlementaire publié en octobre 2026, vise à protéger les adolescents des risques liés à ces produits. Le texte sera soumis sous forme d'amendements au projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) et d'une proposition de loi. Parmi les autres recommandations figurent une amende pouvant atteindre 50 000 euros pour la vente d'alcool à un mineur, des contrôles en magasin avec des clients mystères, et l'interdiction de la publicité en ligne pour l'alcool. Ces propositions devront être débattues lors des sessions parlementaires de l'automne 2026.
Les boissons énergisantes, comme le Red Bull ou le Monster, contiennent de fortes doses de caféine (jusqu'à 150 mg par litre), de sucre (11 g pour 100 ml) et d'additifs. Leur consommation peut provoquer à court terme des palpitations, de l'anxiété, des troubles du sommeil ou des difficultés de concentration. À long terme, elles augmentent les risques de diabète et d'hypertension. Le cardiologue François Carré souligne que ces boissons perturbent le sommeil des jeunes, réduisant leur capacité d'attention et affectant leurs résultats scolaires. Un cas tragique a été signalé : une adolescente de 16 ans est décédée, et l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) a jugé le lien avec les boissons énergisantes très vraisemblable.
Les boissons énergisantes sont souvent perçues comme inoffensives par les jeunes et leurs parents, alors qu'elles contiennent autant de sucre qu'un Coca-Cola (environ 10,6 g pour 100 ml). Cependant, leur teneur en caféine est bien plus élevée, ce qui les rend plus dangereuses. Yannick Neuder, député, explique que ces produits sont pire que le Coca en termes de calories et de sucre, mais c'est surtout la caféine qui pose problème. Les parents sont souvent inconscients de cette composition, car ces boissons sont présentées comme des produits dynamisants ou tendance, notamment via des influenceurs comme Squeezie, cofondateur de la marque Ciao Energy.
Un phénomène inquiétant est le mélange des boissons énergisantes avec de l'alcool, notamment chez les adolescents. Selon Yannick Neuder, 40 à 50 % des collégiens ont déjà consommé de l'alcool. Les boissons énergisantes atténuent la sensation d'ivresse, ce qui peut inciter à boire davantage et augmenter les risques d'accidents ou de comportements dangereux. Le rapport parlementaire propose de taxer les cocktails alcoolisés prêts à boire, comme la marque Vody (vodka + sucre + caféine + taurine, jusqu'à 22°), pour limiter leur accessibilité aux jeunes. Une motion similaire a été adoptée en Suisse, mais certains élus estiment qu'une interdiction ne fera que retarder le problème.
La France n'est pas le premier pays à encadrer la vente de boissons énergisantes aux mineurs. La Norvège a interdit leur vente aux moins de 16 ans depuis le 1er janvier 2026. Au Québec, une loi adoptée en juin 2026 entrera en vigueur en décembre de la même année, tandis que l'Angleterre interdira ces boissons aux moins de 16 ans à partir d'avril 2027. L'Institut national de santé publique du Québec a soutenu ce projet, tout en rappelant que les risques dépendent des individus. En Suisse, le Valais a adopté une motion similaire, mais certains élus doutent de son efficacité. Ces initiatives montrent une tendance mondiale à renforcer la protection des jeunes face à ces produits.
Certains adolescents se montrent sceptiques face à une interdiction. Pour eux, les boissons énergisantes font partie de leur quotidien, et ils estiment ne pas être dépendants. D'autres reconnaissent les risques pour la santé mais doutent de l'efficacité de la mesure, imaginant contourner l'interdiction en demandant à un frère ou une sœur plus âgé d'acheter pour eux. Un argument similaire a été avancé en Suisse, où un élu a estimé qu'une interdiction ne résoudra pas le problème, mais ne fera que le retarder. Malgré ces réticences, le rapport parlementaire insiste sur la nécessité d'agir pour protéger la santé des jeunes.
Les propositions du rapport parlementaire devront maintenant passer par les débats parlementaires de l'automne 2026. Rien n'est encore acté, et les discussions pourraient modifier ou rejeter certaines mesures. Le texte inclut également des mesures complémentaires, comme l'ajout d'un message de prévention sur les contenants des boissons titrant plus de 18°, ou des contrôles renforcés en magasin. L'objectif est de réduire l'exposition des jeunes à ces produits, tout en sensibilisant les parents à leurs dangers. La France pourrait ainsi rejoindre d'autres pays dans la lutte contre la consommation précoce de boissons énergisantes.

