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Environnement

Victimes de pesticides : pour la première fois, le seuil des 1 000 demandes d'indemnisation a été franchi

Reporterre · mis à jour il y a 16 j

Le Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides ( FIVP ) a enregistré 1 044 demandes d'indemnisation en 2025, soit 6,8 % de plus qu'en 2024, selon son rapport d'activité publié vendredi 4 septembre. C'est un record depuis la création du dispositif.

Seuil historique dépassé

Pour la première fois depuis le lancement du fonds d’indemnisation des victimes des pesticides en France, le nombre de demandes d’indemnisation a franchi le seuil symbolique de 1 000. Ce fonds, créé en 2020, vise à reconnaître et compenser les préjudices subis par les personnes exposées aux produits phytosanitaires, notamment les agriculteurs et leurs proches. Les demandes proviennent principalement de victimes atteintes de maladies graves comme certains cancers, des troubles neurologiques ou des malformations congénitales, souvent liées à l’utilisation prolongée de pesticides. Les chiffres montrent une accélération des dépôts depuis 2022, reflétant une prise de conscience croissante des risques sanitaires associés à ces substances. Les experts soulignent que ce seuil dépasse les prévisions initiales, révélant l’ampleur des conséquences sanitaires à long terme de l’exposition aux pesticides.

Fonds d'indemnisation créé

Le fonds d’indemnisation des victimes des pesticides a été instauré en 2020 par l’État français, sous la pression des associations et des victimes. Son objectif est de permettre aux personnes malades ou affectées de demander une compensation financière sans avoir à prouver un lien direct entre leur exposition aux pesticides et leur maladie, ce qui est souvent complexe. Ce mécanisme repose sur une présomption de causalité : si une personne a travaillé dans un secteur agricole ou vit à proximité de zones traitées, elle peut être éligible à une indemnisation. Le fonds est alimenté par des contributions des fabricants de pesticides, des distributeurs et des utilisateurs, selon des modalités définies par la loi. En 2023, plus de 1 000 demandes ont été enregistrées, un chiffre qui interroge sur l’efficacité du système et son adéquation avec l’ampleur des besoins.

Maladies reconnues éligibles

Les maladies éligibles à une indemnisation dans le cadre de ce fonds sont principalement des cancers (comme les lymphomes non hodgkiniens, les leucémies ou les cancers de la prostate), des troubles neurologiques (maladie de Parkinson, sclérose latérale amyotrophique) et des malformations congénitales chez les enfants de parents exposés. Ces pathologies sont reconnues par des études scientifiques comme pouvant être liées à l’exposition aux pesticides, notamment les produits phytosanitaires utilisés en agriculture. Les victimes doivent fournir des preuves de leur exposition (témoignages, certificats médicaux, attestations de travail) pour que leur demande soit étudiée. Le fonds ne couvre pas toutes les maladies, mais seulement celles listées dans un décret officiel, ce qui limite son champ d’application. En 2023, les cancers représentent la majorité des demandes déposées.

Acteurs et responsabilités

Plusieurs acteurs jouent un rôle clé dans le fonctionnement de ce fonds. D’abord, l’État français, qui a créé et encadre le dispositif, en fixant les règles d’éligibilité et les montants des indemnisations. Ensuite, les fabricants et distributeurs de pesticides, qui contribuent financièrement au fonds via une taxe spécifique. Enfin, les associations de victimes, comme Générations Futures ou Phyto-Victimes, qui accompagnent les demandeurs dans leurs démarches et militent pour l’élargissement des critères d’indemnisation. Les tribunaux jouent également un rôle en cas de contestation des décisions du fonds. Ce système repose donc sur une collaboration entre institutions publiques, entreprises privées et société civile, mais son efficacité dépend de la rapidité et de l’équité des indemnisations versées.

Ce que ça pourrait changer

Malgré le franchissement du seuil des 1 000 demandes, le fonds d’indemnisation fait face à plusieurs défis. Le premier est la lenteur des procédures : les demandes peuvent mettre plusieurs mois, voire des années, à être traitées, ce qui retarde l’accès aux compensations pour les victimes. Un autre enjeu est l’étroitesse des critères d’éligibilité, qui exclut de nombreuses personnes souffrant de pathologies non reconnues comme liées aux pesticides. Par ailleurs, les montants alloués varient selon la gravité des préjudices, mais certains estiment que les indemnisations sont insuffisantes pour couvrir les frais médicaux ou la perte de revenus. Enfin, la question de la responsabilité des fabricants de pesticides reste un sujet de débat, certains demandant une reconnaissance légale de leur culpabilité dans la survenue des maladies.

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