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Géopolitique

En Turquie, l’un des principaux médias d’opposition interdit par les autorités

Courrier International · mis à jour 5 oct.

Dans le cadre de la campagne “Ma famille en sécurité” lancée par le pouvoir en septembre, l’accès au site d’information “T24”, qui comptait autour de 20 millions de visites mensuelles, a été bloqué par le pouvoir pour cause de “propagande LGBT”..

Blocage d'un média

Le 30 septembre 2026, la justice turque a ordonné le blocage du site d'information indépendant T24, l'un des principaux médias d'opposition du pays. Ce blocage s'inscrit dans le cadre d'une campagne gouvernementale intitulée "Ma famille en sécurité", lancée en septembre 2026. T24 comptait environ 20 millions de visites mensuelles avant son interdiction. La décision de justice invoque la présence de 118 articles jugés comme de la "propagande LGBT", un terme utilisé par les autorités pour désigner tout contenu soutenant les droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, queer ou intersexes (LGBTQI). Le site reste accessible uniquement via des réseaux privés virtuels (VPN), outils permettant de contourner la censure en ligne.

Réactions et critiques

Le média T24 a dénoncé une "campagne mensongère" et une décision "d'une extrême gravité", soulignant que les articles incriminés dataient parfois de plusieurs années. Treize organisations syndicales et associations de presse turques ont condamné cette mesure, la qualifiant de "grave attaque contre la profession journalistique" et de "violation du droit et de la Constitution". Fondé en 2009, T24 est l'un des plus anciens médias indépendants en ligne de Turquie et donne la parole à des chroniqueurs souvent classés comme libéraux, certains ayant soutenu le président Recep Tayyip Erdogan lors de ses premières années au pouvoir. La campagne "Ma famille en sécurité" cible également d'autres acteurs, comme la journaliste Tugba Tekerek, arrêtée pour un article sur l'homophobie en Géorgie, ou des militants LGBTQI comme Janset Kalan, détenue pour "obscénité".

Contexte politique

Cette interdiction s'inscrit dans un contexte de durcissement du pouvoir en Turquie sous l'égide du président Erdogan, qui présente aujourd'hui un visage plus autoritaire et conservateur qu'à ses débuts. La campagne "Ma famille en sécurité" vise officiellement à protéger les valeurs traditionnelles, mais elle est largement perçue comme une attaque contre les libertés individuelles et la liberté de la presse. Les autorités turques ont déjà censuré plus de 150 sites Internet et comptes sur les réseaux sociaux dans ce cadre. Des associations comme Listag, qui soutient les familles d'enfants LGBTQI, ont également été visées, avec des membres placés en garde à vue, dont une femme de 86 ans. Ces mesures suscitent une vive émotion parmi les défenseurs des droits humains et les organisations internationales.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs personnalités emprisonnées ont partagé leurs conditions de détention. Tugba Tekerek, arrêtée pour un article, décrit dans une lettre publiée par *Medyascope* des conditions de vie précaires dans une cellule surpeuplée, comparant ironiquement sa situation à une enquête sur le trafic de drogue. Janset Kalan, militante transgenre détenue pour *"obscénité"*, a également écrit une lettre depuis sa prison, affirmant : *"Ni mon corps ni celui des autres femmes ne sont obscènes ou immoraux."* Elle critique l'hypocrisie de l'opération, soulignant les problèmes sociaux bien plus urgents en Turquie, comme les mariages précoces ou le travail des enfants. Nese Tamer, de l'association *Listag*, interroge : *"Quelle famille est en sécurité alors qu'on s'en prend même aux parents qui soutiennent leurs enfants ?"*

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