Les calculs de l’université de Stanford sont clairs : 25% des centres de données dans le monde pourraient provoquer des crises de l’eau
Un quart des centres de données mondiaux fonctionnent dans des régions où la demande en eau dépasse l’offre. Le réchauffement climatique pourrait porter cette proportion à un tiers.
En octobre 2026, des chercheurs de l’université de Stanford, dirigés par Lorenzo Rosa, ont réalisé une étude inédite en cartographiant 9 347 centres de données à travers le monde. Leur objectif était d’analyser l’impact de ces infrastructures sur les ressources en eau locales. Les résultats révèlent qu’un quart de ces centres, soit 25 %, sont situés dans des zones où la demande en eau dépasse l’offre disponible au moins un mois par an. Parmi eux, 6 % subissent un stress hydrique quasi permanent, c’est-à-dire que l’eau y est rare presque toute l’année. Cette situation crée une compétition directe pour l’eau entre les centres de données, les villes et les exploitations agricoles. Le terme stress hydrique désigne une situation où la demande en eau dépasse les ressources renouvelables disponibles sur une période donnée.
Les centres de données, souvent appelés data centers, sont des bâtiments qui abritent des milliers d’ordinateurs servant à stocker et traiter des données. Ces machines génèrent une chaleur intense qui doit être évacuée en permanence pour éviter leur surchauffe. Pour cela, la plupart utilisent des systèmes de refroidissement qui consomment d’énormes quantités d’eau, souvent puisée dans les mêmes sources que celles utilisées par les populations locales ou les agriculteurs. Aux États-Unis, qui hébergent 39 % du parc mondial de centres de données, la majorité des sites exposés au stress hydrique se trouvent dans ce pays. Contrairement à l’électricité, qui peut être transportée sur de longues distances, l’eau doit être puisée localement, ce qui rend ces infrastructures particulièrement vulnérables aux pénuries locales.
L’étude de Stanford montre que 41 % des centres de données sont implantés dans des zones où les municipalités représentent le premier poste de prélèvement d’eau, c’est-à-dire que les villes utilisent plus d’eau que les autres secteurs. L’agriculture arrive en deuxième position autour de 28 % des sites, devant l’industrie et la production d’énergie. Lorenzo Rosa, l’auteur principal, souligne que ces infrastructures ne s’installent pas dans des zones désertiques, mais au-dessus des ressources en eau qui alimentent les communautés locales. Les nappes souterraines, qui dépendent des précipitations saisonnières, sont également menacées. Avec le réchauffement climatique, ces tensions pourraient s’aggraver, car les ressources en eau deviennent encore plus précieuses.
Les chercheurs ont modélisé l’impact du réchauffement climatique sur les ressources en eau des centres de données. Selon leurs projections, si les températures mondiales augmentent de 3 °C d’ici 2050 par rapport à 1900, 33 % des centres de données actuels pourraient se retrouver en zone de stress hydrique, contre 25 % aujourd’hui. Cette hausse de 8 points de pourcentage signifie que davantage de sites manqueraient d’eau régulièrement. La majorité des nouveaux sites menacés se situeraient aux États-Unis. L’étude ne précise pas comment ces pénuries pourraient se traduire concrètement pour les populations locales, mais elle insiste sur la nécessité d’intégrer les ressources en eau dans le choix des futurs emplacements des centres de données.
Cette étude, publiée en octobre 2026, est la première à cartographier l’impact des centres de données sur les ressources en eau à l’échelle mondiale. Elle révèle que la consommation d’eau de ces infrastructures est encore mal mesurée et souvent incomplète, contrairement à leur consommation électrique qui est mieux documentée. Les chercheurs soulignent que l’essor de l’intelligence artificielle, qui entraîne une multiplication des centres de données, n’a pas été pris en compte dans leurs projections. Cela pourrait signifier que la proportion réelle de sites exposés au stress hydrique est sous-estimée. Les données utilisées proviennent de la société Saoradh Enterprise Partners LLC, spécialisée dans la localisation des infrastructures numériques.

