Au Nigeria, le démantèlement de l’USAID a signifié moins de médicaments et plus de morts
En 2025, Washington décidait de démanteler l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), qui prenait en charge ou finançait de nombreux programmes humanitaires. Le magazine “New Lines” s’est rendu dans le nord du Nigeria pour constater comment la fin de cette aide a entraîné pour la population, très touchée par le VIH et malmenée par l’insurrection djihadiste, l’arrêt de soins et de médicaments vitaux..
L’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) était une institution fédérale américaine chargée de financer et de superviser des programmes d’aide humanitaire, médicale et économique dans le monde. Créée en 1961, elle intervenait notamment dans des pays confrontés à des crises sanitaires, des conflits ou des catastrophes naturelles. L’USAID travaillait en partenariat avec des organisations locales et internationales pour distribuer des médicaments, des vaccins, des soins et des ressources alimentaires. Au Nigeria, elle jouait un rôle central dans la lutte contre des maladies comme le VIH et le paludisme, en finançant des traitements, des dépistages et des campagnes de sensibilisation. En 2025, l’administration américaine a décidé de démanteler cette agence, mettant fin à des milliers de programmes dans le monde, dont certains au Nigeria.
Le Pepfar (President’s Emergency Plan for AIDS Relief, ou Plan d’urgence du président pour le secours contre le sida) est un programme américain lancé en 2003 pour lutter contre l’épidémie de VIH/sida à l’échelle mondiale. Il s’agit du plus grand engagement de santé publique jamais pris par un État pour une seule maladie. Le Pepfar a financé le dépistage de plus de 84 millions de personnes et le traitement de plus de 20 millions de patients dans le monde. Au Nigeria, ce programme était principalement supervisé par l’USAID et représentait un maillon essentiel de la lutte contre le VIH, avec des millions de personnes traitées chaque année. Avant son démantèlement, l’USAID coordonnait une grande partie des actions du Pepfar sur le terrain, en collaboration avec des acteurs locaux et internationaux.
Le Nigeria est le pays d’Afrique comptant la quatrième plus grande épidémie de VIH, avec environ 2,5 millions de personnes porteuses du virus début 2024. Cette maladie touche particulièrement les populations les plus vulnérables, notamment dans le nord du pays, déjà fragilisé par des conflits armés et une insurrection djihadiste. Avant 2025, l’USAID et le Pepfar finançaient des centres de dépistage, des traitements antirétroviraux et des campagnes de prévention. Ces programmes permettaient à des milliers de Nigérians de recevoir des soins vitaux, réduisant ainsi la mortalité liée au VIH. Leur arrêt brutal a laissé des milliers de patients sans accès aux médicaments, aggravant une situation sanitaire déjà précaire.
Le démantèlement de l’USAID en janvier 2025 a entraîné l’arrêt ou la réduction drastique de centaines de programmes médicaux au Nigeria. Des milliers de patients, notamment ceux sous traitement contre le VIH, se sont retrouvés sans accès aux médicaments essentiels. Les centres de santé locaux, dépendants de l’aide américaine, ont dû suspendre leurs activités ou limiter leurs services. Cette situation a eu des conséquences directes sur la mortalité : des patients en bonne santé sous traitement sont redevenus vulnérables, tandis que des nouveaux cas de VIH n’ont plus pu être dépistés ou traités. Les experts estiment que cette interruption a aggravé une crise sanitaire déjà marquée par des pénuries de médicaments et un manque de personnel soignant.
La décision de démanteler l’USAID a été prise par l’administration Trump en 2025, dans un contexte de réduction des budgets alloués à l’aide internationale. En février 2025, l’agence a été officiellement fermée, mettant fin à des décennies de coopération humanitaire américaine. Cette mesure s’inscrit dans une politique de recentrage des États-Unis sur leurs priorités nationales, au détriment des engagements internationaux. Au Nigeria, cette décision a été particulièrement critique, car le pays dépendait fortement de l’aide américaine pour lutter contre des maladies endémiques comme le VIH et le paludisme. Les autorités nigérianes n’ont pas pu compenser immédiatement ce retrait, faute de ressources suffisantes.
Dans le nord du Nigeria, des témoignages recueillis par le magazine *New Lines* illustrent l’impact humain de cette crise. Des patients sous traitement contre le VIH ont vu leurs médicaments s’épuiser sans possibilité de renouvellement. Des centres de santé ont fermé leurs portes, faute de financements pour acheter des stocks ou payer le personnel. Les habitants, déjà touchés par l’insécurité et la pauvreté, se retrouvent sans accès aux soins de base. Les organisations locales, souvent dépendantes de l’aide internationale, peinent à prendre le relais. Cette situation a exacerbé les inégalités d’accès aux soins et accru la vulnérabilité des populations les plus pauvres.

