Au large de Madère, des scientifiques sur le front de la protection des océans
En parallèle, près de 200 pays se retrouvent en Arménie pour discuter de la protection de la biodiversité à la COP17..
Une expédition scientifique internationale se déroule en octobre 2026 au large de l’archipel portugais de Madère, situé dans l’océan Atlantique au large des côtes marocaines. Cette mission, menée par près de 200 scientifiques, vise à étudier l’impact des zones marines protégées sur la biodiversité. Parmi les participants figurent des experts du programme Pristine Seas de la National Geographic Society, ainsi que des biologistes marins de la fondation Oceano Azul, financée par l’Océanarium de Lisbonne. Le navire amiral de l’expédition est le Santa Maria Manuela, un voilier à quatre mâts de 70 mètres de long. Les scientifiques utilisent des caméras sous-marines, des capteurs de température et des échantillons d’ADN environnemental pour analyser les écosystèmes marins entre 40 et 50 mètres de profondeur.
L’expédition compare deux zones distinctes des îles Désertes, un archipel inhabité situé à 40 kilomètres de Madère. La partie sud est une zone de protection marine totale, où toute activité humaine, y compris la pêche, est interdite. À l’inverse, la partie nord autorise une pêche limitée. Les scientifiques, comme Juan Mayorga, océanographe pour Pristine Seas, observent déjà des différences notables : les poissons sont plus gros et plus nombreux dans la zone protégée, car leur reproduction est favorisée par l’absence de prélèvement. Ces observations illustrent l’efficacité des réserves marines pour restaurer les écosystèmes.
Madère est un pionnier en matière de protection des océans. Dès 1971, l’archipel a créé la réserve des îles Sauvages pour protéger le puffin cendré, un oiseau marin. En 2022, cette réserve a été élargie à 2 600 km², devenant la plus grande zone de protection totale de l’Atlantique nord. Dans les années 1990, une autre réserve a été établie autour des îles Désertes pour sauver le phoque moine de Méditerranée, une espèce en danger. En 1992, seulement 8 individus subsistaient ; aujourd’hui, ils sont 31. Paulo Oliveira, coordinateur du programme Madeira Ocean, souligne qu’un océan en bon état est « la meilleure arme contre le changement climatique », car il absorbe davantage de CO₂ et limite les effets du réchauffement.
Les chercheurs utilisent des outils modernes pour évaluer la biodiversité marine. Les BRUVS (Baited Remote Underwater Video Systems), des structures métalliques équipées de caméras et d’appâts, sont placées au fond de la mer pour attirer les poissons et filmer leur comportement. Des plongeurs collectent également des échantillons d’ADN environnemental dans l’eau, une technique permettant de détecter la présence d’espèces sans les observer directement. Par ailleurs, des capteurs de température sont fixés sur les rochers émergents à marée basse pour étudier l’adaptation des crustacés et éponges aux variations thermiques, un enjeu crucial dans le contexte du changement climatique.
Alors que près de 200 pays se réunissent en Arménie pour la COP17, une conférence internationale sur la biodiversité, Emanuel Gonçalves, directeur scientifique de l’expédition, rappelle que les décisions politiques peuvent prendre des décennies. Pour lui, l’urgence d’agir impose des actions locales immédiates. Il souligne que les réserves marines comme celles de Madère sont des « lignes de front » dans la lutte pour préserver les océans. Bien que les grandes conférences soient importantes pour fixer des objectifs globaux, les scientifiques estiment que des solutions concrètes doivent être mises en œuvre sans attendre, notamment pour lutter contre la surpêche et le réchauffement climatique.
L’archipel de Madère, territoire autonome du Portugal, comprend plusieurs îles : Madère (la principale), Porto Santo (connue pour ses plages), les îles Désertes et les îles Sauvages. Ces dernières, situées à 280 km au sud de Madère, abritent une biodiversité unique. Les îles Désertes, où se concentre l’expédition, sont des îlots rocheux et arides, culminant à 480 mètres d’altitude. Leur protection est essentielle pour des espèces emblématiques comme le phoque moine, mais aussi pour l’équilibre des écosystèmes marins de l’Atlantique. Ces îles illustrent comment une gestion locale rigoureuse peut avoir un impact global sur la santé des océans.

