Six journalistes du site “Matsadaash” arrêtés : nouvelle “journée noire” pour la presse en Égypte
C’est toute l’équipe rédactionnelle de l’un des rares médias indépendants du pays, spécialisé dans le fact-checking, qui est détenue en un lieu secret depuis quelques jours, sous l’accusation habituelle “d’appartenance aux Frères musulmans”. Son cas soulève une vague de solidarité parmi ses confrères..
Le site de vérification d’informations Matsadaash, dont le nom signifie n’y crois pas en arabe, a vu l’intégralité de son équipe rédactionnelle arrêtée en Égypte. Deux journalistes ont été interpellés le lundi 28 septembre 2025, suivis des quatre autres membres le lendemain. Cette opération représente une première en Égypte, où une équipe médiatique entière est ciblée simultanément. Selon Lobna Darwish, porte-parole de l’organisation de défense des droits humains Egyptian Initiative for Personal Rights (EIPR), cette stratégie vise explicitement à provoquer la fermeture du média. Les familles des journalistes arrêtés ignorent toujours où ils sont détenus, ce qui ajoute à l’opacité de la situation.
L’Égypte occupe la 169ᵉ place sur 180 dans le classement mondial de la liberté de la presse 2026, selon le site indépendant Al-Manassa. Cette position reflète un environnement médiatique particulièrement restrictif sous la présidence d’Abdel Fattah Al-Sissi. Le président égyptien, présent à New Delhi en janvier 2023 pour une rencontre internationale, incarne une politique de contrôle accru des médias. Les arrestations de Matsadaash s’inscrivent dans une tendance plus large de répression des voix critiques, où les médias indépendants sont régulièrement ciblés. En 2023, un journaliste de ce même site avait déjà été détenu pendant 48 heures après la publication d’une enquête sur la saisie d’un avion privé en Zambie.
Matsadaash est un site spécialisé dans le fact-checking, c’est-à-dire la vérification des informations diffusées dans les médias ou sur les réseaux sociaux. Il publie ses contenus en arabe et en anglais, ce qui lui permet de toucher un public plus large au-delà des frontières égyptiennes. Son nom, n’y crois pas, reflète sa mission : lutter contre la désinformation en analysant et en recoupant les sources. Ce type de média joue un rôle crucial dans les sociétés où la liberté de la presse est menacée, car il permet aux citoyens de distinguer les faits des fake news. Cependant, son travail le place souvent en première ligne face aux autorités, qui voient d’un mauvais œil les critiques ou les révélations qu’il peut publier.
L’arrestation de l’équipe de *Matsadaash* a suscité des réactions de la part d’organisations de défense des droits humains, comme l’*Egyptian Initiative for Personal Rights* (EIPR), qui dénonce une escalade sans précédent. Pour ces organisations, cette opération illustre une volonté des autorités égyptiennes de museler la presse indépendante et de réduire au silence les médias critiques. Le fait que les familles des journalistes ne sachent pas où ils sont détenus ajoute une dimension d’inquiétude supplémentaire, car cela rend difficile toute tentative de soutien juridique ou humanitaire. Cette situation s’ajoute à un contexte déjà tendu pour la presse en Égypte, où les restrictions se multiplient et où les médias indépendants sont de plus en plus marginalisés.

