Grâce à une « pierre de Rosette » cosmique, les astronomes ont enfin identifié la source d’un mystérieux signal radio
Grâce à des observations combinant ondes radio, lumière visible et rayons X, des astronomes ont identifié la source d’un mystérieux signal cosmique. Une avancée qui pourrait transformer notre compréhension de ces phénomènes rares..
Depuis quelques années, les astronomes observent des sursauts radio à longue période (ou transitoires à longue période), des signaux cosmiques puissants et répétitifs espacés de plusieurs minutes à heures. Sur les douze identifiés à ce jour, dix restent inexpliqués. Leur particularité ? Ils émettent des impulsions bien plus lentes que les pulsars (étoiles à neutrons en rotation rapide, émettant généralement toutes les quelques secondes). Certains de ces signaux durent depuis plus de trente ans, tandis que d'autres disparaissent définitivement. Leur origine, près du centre de la Voie lactée, est difficile à étudier en raison des poussières interstellaires qui bloquent la lumière visible. Ces phénomènes constituent l'un des mystères les plus intrigants de l'astronomie moderne.
Une équipe d'astronomes a identifié la source d'un de ces signaux, nommé ASKAP J1745, grâce à une combinaison d'observations en ondes radio, lumière visible et rayons X. Cette approche multi-longueurs d'onde rappelle la pierre de Rosette, qui a permis de déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens grâce à un même texte écrit en trois écritures différentes. ASKAP J1745 est le premier transitoire à longue période dont la nature a été clairement déterminée, offrant une clé pour comprendre les autres signaux similaires. L'étude, publiée dans la revue Nature Astronomy le 2 septembre 2026, marque une avancée majeure dans l'astronomie.
ASKAP J1745 provient d'un système binaire composé de deux étoiles en orbite l'une autour de l'autre : une naine blanche (reste compact d'une étoile peu massive) et une naine rouge (étoile de faible masse). Dans ce type de système, appelé variable cataclysmique, la naine blanche attire la matière de son étoile compagne par gravité, un processus appelé accrétion. Ce flux de matière, chauffé à des millions de degrés, produit des émissions en rayons X. Les observations montrent qu'ASKAP J1745 émet un sursaut radio et un sursaut de rayons X à chaque orbite des deux étoiles, révélant ainsi son mécanisme de fonctionnement.
Les sursauts radio d'ASKAP J1745 sont générés par des particules chargées (comme des électrons) accélérées dans un champ magnétique intense, environ plusieurs milliers de fois plus puissant que celui d'un appareil d'IRM. Ce phénomène, appelé rayonnement synchrotron, se produit lorsque des particules se déplacent à une vitesse proche de celle de la lumière dans un champ magnétique. Dans ASKAP J1745, le flux de matière arraché à la naine rouge et attiré par la naine blanche crée un environnement propice à ce type d'émission. Les champs magnétiques extrêmes et le plasma (gaz ionisé) en mouvement sont des ingrédients clés pour expliquer ces sursauts radio.
La découverte d'ASKAP J1745 a été rendue possible grâce au radiotélescope ASKAP, exploité par le CSIRO (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation), l'agence nationale australienne pour la recherche scientifique. ASKAP est un instrument de pointe capable d'observer de vastes régions du ciel avec une grande sensibilité. Il a permis de repérer le signal radio, puis de le corréler avec des émissions en rayons X et en lumière visible grâce à d'autres télescopes. Cette approche multi-instruments a fourni une vision complète du phénomène, inédite pour ce type d'objet céleste.
ASKAP J1745 ouvre de nouvelles perspectives pour étudier les transitoires à longue période. En combinant des données sur un large spectre électromagnétique (radio, visible, rayons X), les astronomes disposent désormais d'un modèle pour comprendre d'autres signaux similaires. Ce système binaire à naine blanche accrétante offre un laboratoire naturel pour explorer des conditions extrêmes, comme les écoulements de plasma et les champs magnétiques, impossibles à reproduire en laboratoire. Cette découverte pourrait ainsi transformer notre compréhension des phénomènes cosmiques rares et des mécanismes physiques sous-jacents.

