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Généraliste

GNL et pipeline : et le bilan carbone du Canada dans tout ça?

ICI Radio-Canada · mis à jour 1 oct.

Ottawa reste discret quant à l’effet sur le climat des grands projets annoncés par Mark Carney cette semaine..

Projets énergétiques majeurs

Le gouvernement canadien, dirigé par le premier ministre Mark Carney, accélère deux projets énergétiques majeurs en Alberta et en Colombie-Britannique. Le premier est le doublement de la capacité d’exportation de l’usine de gaz naturel liquéfié (GNL) de Kitimat, en Colombie-Britannique, appelée phase 2 de LNG Canada. Le second est un nouveau pipeline reliant l’Alberta à la côte Ouest, qui sera classé comme projet d’intérêt national, ce qui simplifie son évaluation. Ces projets visent à faire du Canada une puissance énergétique en exportant du pétrole et du gaz, notamment vers l’Asie, où la demande est forte en raison des tensions géopolitiques, comme le blocage du détroit d’Ormuz ou la réduction des importations de gaz russe par l’Europe. Ces initiatives s’inscrivent dans une stratégie de diversification des marchés et d’attraction d’investissements étrangers.

Bilan carbone du GNL

L’expansion de la production de GNL au Canada, notamment à Kitimat, aura un impact significatif sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) du pays. La phase 1 de l’usine, opérationnelle depuis juin 2025, émet déjà entre 4 et 5,5 mégatonnes (Mt) de GES par an. La phase 2, qui doublera la capacité, pourrait ajouter plus de 10 Mt de GES annuellement. Ces chiffres sont loin d’être négligeables : en 2024, le Canada émettait 685 Mt de GES. Pour respecter ses engagements pris dans l’Accord de Paris, le pays doit réduire ses émissions de plus de 250 Mt d’ici 2030. L’Institut climatique du Canada estime que ces projets rendent cet objectif encore plus difficile à atteindre, au point que le Canada pourrait atteindre son objectif de réduction des GES avec 20 ans de retard, soit en 2050.

Sous-estimation des émissions

Les émissions réelles de l’usine de Kitimat pourraient être encore plus élevées que prévu. Une enquête du média The Narwhal a révélé que le torchage de gaz, une pratique qui consiste à brûler l’excès de méthane et d’autres gaz pour des raisons de sécurité, dépasse de 15 fois les volumes autorisés par les autorités. Ce torchage massif, causé par un défaut d’équipement, pourrait générer des émissions supplémentaires importantes. Cependant, il est impossible de quantifier précisément l’impact de ce torchage, car le dernier rapport officiel sur les émissions de GES du Canada date de 2024. La résolution du problème pourrait prendre jusqu’à trois ans.

Pipeline et incertitudes

Le nouveau pipeline vers l’ouest, qui reliera l’Alberta à la Colombie-Britannique, transportera jusqu’à un million de barils de pétrole brut par jour. Ce projet, dont 90 % du financement provient des contribuables canadiens, pourrait avoir un impact majeur sur le bilan carbone du pays. Cependant, il reste incertain si ce pétrole proviendra d’une augmentation de la production des sables bitumineux ou s’il remplacera simplement du pétrole autrefois destiné aux États-Unis. Le gouvernement fédéral n’a pas encore publié d’estimations précises sur l’impact de ce pipeline sur les émissions de GES. Ce projet vise aussi à apaiser les tensions politiques entre Ottawa et l’Alberta.

Arguments pro et contra

Le gouvernement de Mark Carney défend ces projets en mettant en avant leur potentiel économique : diversification des marchés d’exportation, attraction d’investissements étrangers et création d’emplois. De plus, il affirme que le GNL canadien pourrait aider les pays asiatiques à réduire leur dépendance au charbon, un combustible plus polluant. Cependant, l’Institut climatique du Canada conteste cet argument, soulignant que l’expansion du GNL canadien augmentera les émissions nationales sans garantie que le gaz canadien remplacera celui d’autres pays. Les communautés autochtones et le gouvernement de la Colombie-Britannique soutiennent le projet de Kitimat, tandis que le pipeline est perçu comme un moyen de renforcer l’unité nationale.

Ce que ça pourrait changer

Le Canada se trouve à un carrefour : exploiter ses ressources pétrolières et gazières pour stimuler l’économie ou privilégier la réduction de ses émissions de GES pour respecter ses engagements climatiques. Mark Carney et son gouvernement estiment que ces projets sont une opportunité stratégique dans un contexte géopolitique tendu. Pourtant, les données disponibles montrent que ces initiatives pourraient compromettre les objectifs climatiques du pays. Les Canadiens sont invités à participer à ce débat, mais l’article souligne l’importance d’avoir accès à toutes les informations, notamment sur l’impact réel de ces projets sur les émissions de GES, pour prendre des décisions éclairées.

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