Pourquoi nous apprécions certains chants d’oiseaux plus que d’autres
Avec sa mélodie flûtée, le merle noir est le grand vainqueur d’une étude ayant cherché à déterminer quels critères influencent nos préférences vis-à-vis des chants d’oiseaux. Et qui a débouché sur une surprise pour les biologistes : nos oreilles apprécient davantage les chants plus complexes.
Une étude publiée dans la revue Frontiers et relayée par CNN révèle que les humains n’apprécient pas tous les chants d’oiseaux de la même manière. Par exemple, le chant du merle noir, décrit comme varié, doux et flûté, est perçu comme agréable, tandis que le cri de la chouette effraie, qualifié de rauque et angoissant, est souvent rejeté. Ces différences de perception ne dépendent pas uniquement de la familiarité avec les oiseaux, comme on pourrait le penser. En effet, les chercheurs ont mené une expérience avec 84 participants écoutant 123 espèces d’oiseaux sauvages. Les résultats montrent que les chants jugés complexes sont globalement préférés, contrairement à l’hypothèse initiale selon laquelle des sons simples et répétitifs seraient plus appréciés. Cette découverte remet en cause l’idée que la préférence pour un chant d’oiseau serait liée à sa simplicité ou à sa répétition, et suggère plutôt une attraction pour des structures sonores plus élaborées.
Les biologistes impliqués dans l’étude, comme Nadine Kalb de l’université de Tübingen et Christoph Randler, ont été surpris par les résultats. Selon eux, la complexité des chants d’oiseaux joue un rôle central dans leur appréciation par les humains. Les participants ont systématiquement préféré les mélodies plus riches en variations et en nuances, plutôt que des séquences sonores monotones. Cette préférence pour la complexité semble être un phénomène fondamental, indépendant de la connaissance préalable des espèces écoutées. Les chercheurs soulignent que cette découverte pourrait avoir des implications pratiques, notamment pour les urbanistes et les concepteurs d’espaces verts. En effet, intégrer des chants d’oiseaux complexes dans l’environnement urbain pourrait contribuer à améliorer le bien-être des habitants, un aspect déjà exploré dans des études précédentes sur l’impact des sons naturels sur la santé mentale.
Les enseignements de cette étude pourraient inspirer les aménageurs urbains, qui réfléchissent désormais à l’environnement sonore des villes. Christoph Randler, co-auteur de l’étude, précise que diffuser des chants d’oiseaux dans l’espace public ne se limite pas à réduire le bruit ambiant. Par exemple, certaines gares parisiennes expérimentent depuis un an et demi la diffusion de sons naturels, dont des chants d’oiseaux, pour améliorer le confort des usagers. Cependant, Randler met en garde contre une solution trop simpliste : diffuser en boucle une seule mélodie, comme Blackbird des Beatles, ne suffirait pas à créer un environnement sonore équilibré. L’enjeu est plutôt de concevoir des espaces où la diversité des chants d’oiseaux, et leur complexité, sont prises en compte pour favoriser une expérience auditive agréable et apaisante.
Cette étude s’inscrit dans une série de recherches sur les bienfaits des sons naturels, notamment ceux des oiseaux, sur la santé humaine. Des travaux antérieurs avaient déjà démontré que l’écoute ou l’observation des oiseaux pouvait contribuer à restaurer un équilibre psychologique, en réduisant le stress et en améliorant l’humeur. L’étude actuelle affine cette compréhension en se concentrant sur les caractéristiques intrinsèques des chants, plutôt que sur leur simple présence. Les résultats suggèrent que la qualité sonore, et non la familiarité avec l’espèce, est un facteur clé de cette amélioration du bien-être. Ainsi, intégrer des chants d’oiseaux complexes dans les parcs ou les espaces publics pourrait devenir une stratégie complémentaire pour promouvoir la santé mentale dans les milieux urbains.

