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Petit manuel anti-dictateur selon un ancien avocat de la Maison-Blanche

Le Devoir · mis à jour il y a 7 j

Ian Bassin, cofondateur de l’organisme Protect Democracy, était à Montréal à l’invitation du Barreau du Québec..

Origine de l'alerte

Ian Bassin, ancien avocat de la Maison-Blanche sous le président Barack Obama, a partagé son expertise lors du premier Sommet pour l’état de droit organisé par le Barreau du Québec à Montréal. Il a cofondé l’organisme Protect Democracy, une organisation non partisane et sans but lucratif. Bassin a souligné que les risques pour la démocratie sont actuellement élevés, notant que le monde a atteint son apogée démocratique en 2003 et connaît un déclin constant depuis. Il a mis en garde contre l’idée qu’un régime autoritaire ne pourrait émerger dans des sociétés riches et sophistiquées comme le Canada ou le Québec, affirmant que ces dernières sont parfois les plus vulnérables à leur propre succès.

Mécanismes de la dictature

Ian Bassin a expliqué que les régimes autoritaires modernes ne s’installent pas toujours par un coup d’État militaire, mais souvent de manière progressive, comme un cheval de Troie. Ils sont d’abord élus légitimement, puis démantèlent le système démocratique de l’intérieur en suivant sept étapes. La première consiste à politiser les institutions indépendantes, comme les fonctionnaires et la police, en les plaçant sous l’influence du pouvoir exécutif. Ensuite, le régime diffuse de la fausse information pour manipuler l’opinion publique. L’exécutif, comme un président, s’octroie alors davantage de pouvoir en réduisant les contrepoids que sont le Parlement ou les tribunaux. Les voix dissidentes sont éliminées non par la violence directe, mais par des moyens indirects, comme des réglementations excessives sur les médias, les rendant non rentables et les poussant à la faillite avant leur rachat par des alliés du régime.

Cibles et corruption

Une fois le pouvoir consolidé, le régime autoritaire s’attaque à des groupes vulnérables, comme les immigrants, en les désignant comme boucs émissaires. Il corrompt ensuite les élections pour s’assurer de rester au pouvoir, par exemple en manipulant les listes électorales ou en intimidant les électeurs. Enfin, il attise la violence pour intimider ses opposants et renforcer son contrôle. Bassin a insisté sur l’importance de reconnaître ces sept étapes pour agir à temps. Il a rappelé que ces mécanismes ne sont pas des scénarios hypothétiques, mais des réalités observées dans plusieurs pays, y compris des démocraties établies.

Rôle du peuple

Selon Ian Bassin, ce n’est pas aux avocats, aux tribunaux ou aux institutions de protéger la démocratie, mais au peuple. Il a illustré son propos en citant l’exemple de Minneapolis, aux États-Unis, où deux manifestants, Renee Good et Alex Pretti, ont été tués lors de rafles menées par l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), une agence fédérale chargée de l’application des lois sur l’immigration. Leur mort a déclenché la première grève générale de l’histoire récente des États-Unis, avec des dizaines de milliers de personnes refusant de travailler, d’envoyer leurs enfants à l’école ou de faire fonctionner les entreprises. Cette mobilisation massive a forcé l’ICE à quitter la ville, démontrant que la résistance citoyenne peut inverser des tendances autoritaires.

Ce que ça pourrait changer

L’**état de droit** désigne un système où les lois s’appliquent à tous, y compris au gouvernement et aux élus. Cela implique une séparation des pouvoirs entre le législatif (Parlement), l’exécutif (gouvernement) et le judiciaire (tribunaux), garantissant que le gouvernement respecte les décisions des cours. Un état de droit solide est perçu comme un atout pour attirer les investisseurs étrangers, car il offre une stabilité et une prévisibilité juridique. Le **Barreau du Québec**, en organisant ce sommet, a mis en avant l’importance de préserver ces principes pour éviter les dérives autoritaires, même dans des sociétés stables comme celle du Québec.

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