Mark Carney découvre la souveraineté-partenariat
Une nouveauté qui n’en est pas une pour toute une bande de nationalistes québécois..
Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d'Angleterre, propose une nouvelle forme de coopération entre le Canada et l'Union européenne (UE) appelée souveraineté-partenariat. Selon cette idée, le Canada pourrait devenir un membre associé de l'UE, ce qui signifie qu'il collaborerait étroitement avec l'Union sans en faire partie intégrante. Cette proposition a suscité des réactions chez des nationalistes québécois, qui y voient une idée déjà défendue par eux dans le passé. Le terme membre associé désigne un statut où un pays ou une entité participe à certaines activités ou institutions d'une organisation sans en être un membre à part entière, comme un partenaire privilégié mais non souverain au sein de cette structure.
Plusieurs figures historiques du nationalisme québécois, comme Lionel Groulx, Daniel Johnson (père), René Lévesque, Bernard Landry, Jacques Parizeau, Pierre Bourgault et André Laurendeau, réagissent à la proposition de Carney. Groulx et Johnson revendiquent l'antériorité de cette idée, Groulx évoquant les États-associés des années 1930, tandis que Johnson cite son livre Égalité et indépendance publié en 1965. Lévesque et Landry y voient une forme de souveraineté-association, un concept qu'ils ont défendu, où deux entités souveraines (le Québec et le Canada, ou le Canada et l'UE) créent une association basée sur la coopération. Parizeau, plus sceptique, souligne que cette association ne doit pas remettre en cause l'indépendance politique des parties, en citant l'exemple des contraintes budgétaires imposées par l'UE à ses membres.
Les nationalistes analysent les implications concrètes de ce partenariat. Selon eux, le Canada ne deviendrait pas un membre à part entière de l'UE, ce qui signifie qu'il n'aurait ni représentant à la Commission européenne (l'organe exécutif de l'UE), ni député au Parlement européen (l'organe législatif). Il n'y aurait donc pas de délégation de pouvoir politique à l'UE. Par ailleurs, le Canada conserverait sa propre monnaie, son budget et son armée, distincts de ceux de l'UE. La coopération serait limitée à des domaines d'intérêt commun, encadrée par des traités. Ce modèle s'inspire de l'organisation de l'UE elle-même, où les pays membres conservent une grande partie de leur souveraineté, notamment en matière militaire et budgétaire.
Jacques Parizeau et d'autres soulignent que cette proposition met en lumière la valeur de la souveraineté pour un pays. Parizeau rappelle que, lors du référendum de 1995 sur l'indépendance du Québec, certains Canadiens anglophones avaient exprimé une profonde émotion à l'idée de perdre le Québec, illustrant que la souveraineté n'est pas seulement une question politique, mais aussi une question d'identité et de fierté collective. Il décrit la souveraineté comme quelque chose qui fait partie de l'être, offrant une certitude et une identité personnelle et collective. Cette idée est renforcée par une citation attribuée au général de Gaulle, qui met en garde contre les discours creux sur l'Europe sans fondement concret.
Les nationalistes québécois notent que le premier ministre canadien actuel insiste sur l'importance de la souveraineté du Canada, notamment dans le contexte de cette proposition. Ils soulignent que cette prise de position contraste avec les années précédentes, où la souveraineté n'était pas toujours perçue comme une priorité par les dirigeants canadiens. Parizeau rappelle qu'avant le référendum de 1995, certains Canadiens avaient manifesté une émotion intense à l'idée de perdre le Québec, ce qui avait marqué les esprits. Cette observation suggère que la souveraineté, pour le Canada comme pour le Québec, est un enjeu à la fois politique et émotionnel.

