Avocat en droit des étrangers, seul contre tous ! Par Benjamin Brame
Dans le paysage politique et social particulièrement sombre que traverse la France, s'il est une profession qui se retrouve aux premières loges de la déliquescence de l'État de droit, c'est bien celle d'avocat en droit des étrangers. Jour après jour, au fil des dizaines de chroniques et d'analyses doctrinales publiées, notamment dans les colonnes de la Gazette du Palais et du Village de la Justice, je documente méticuleusement une réalité de terrain effrayante : celle d'une administration exsangue, dysfonctionnelle et structurellement défaillante.
L’article dénonce la dématérialisation des démarches administratives pour les étrangers en France, notamment via des plateformes comme l’ANEF (Administration Numérique pour les Étrangers en France) et Démarches Simplifiées. Ces outils, censés simplifier les procédures, se transforment en obstacles déshumanisés. Les bugs techniques non résolus remplacent les décisions motivées, et l’impossibilité d’obtenir un rendez-vous ou de valider un dossier plonge des milliers de personnes dans un néant juridique. Les avocats doivent alors multiplier les référés pour contraindre l’administration à respecter la loi. L’ANEF, généralisée depuis plusieurs années, est au cœur de ce dysfonctionnement, où l’inertie préfectorale et les erreurs techniques deviennent la norme.
Face à cette administration défaillante, l’avocat spécialisé en droit des étrangers joue un rôle clé. Il doit souvent faire face à l’incompréhension, voire à l’ingratitude de clients épuisés par l’angoisse d’une expulsion ou d’une perte d’emploi. Ces derniers confondent parfois la lenteur des tribunaux avec une impuissance de leur conseil, alors que l’avocat maîtrise souvent mieux le contentieux que les préfectures ou certains tribunaux. Il doit démonter, avec une rigueur juridique extrême, des griefs infondés, souvent basés sur des mémoires stéréotypés et truffés d’erreurs de droit. Chaque décision absurde ou manœuvre dilatoire devient une opportunité pour renforcer sa défense.
Le naufrage du droit des étrangers n’est pas un sujet marginal, mais le symptôme d’une crise systémique qui menace l’ensemble de la société française. L’État, par son incompétence administrative, engendre des coûts financiers exorbitants pour le contribuable. Les erreurs systématiques des préfectures, les refus abusifs et la gestion catastrophique des dossiers encombrent inutilement les tribunaux administratifs. Chaque référé ou annulation d’OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français), assortie de condamnations aux frais de justice, représente un coût massif pour les finances publiques. Par exemple, les annulations répétées de décisions illégales pèsent lourdement sur le budget de l’État.
En refusant de régulariser des travailleurs étrangers parfaitement intégrés, occupant des emplois en tension dans des secteurs comme le bâtiment, la restauration, la santé ou les services, l’État se prive de recettes fiscales et de cotisations sociales estimées à plusieurs centaines de millions d’euros par an. Cette politique est qualifiée d’hérésie économique par l’auteur, car elle prive la France de ressources essentielles tout en maintenant des travailleurs dans la précarité. Les secteurs concernés, souvent en manque de main-d’œuvre, voient leur fonctionnement perturbé par cette absence de régularisation, ce qui aggrave les tensions sur le marché du travail.
Les grands médias français accordent peu d’attention aux dysfonctionnements concrets du système administratif, préférant se concentrer sur des débats politiques stériles. Aucune enquête approfondie n’est menée sur les ratés matériels et humains de l’ANEF ou des préfectures, malgré l’ampleur des problèmes. Cette absence de couverture médiatique contribue à maintenir l’opacité autour de ces dysfonctionnements, qui restent largement méconnus du grand public. L’auteur souligne que cette indifférence s’étend à l’ensemble de la société, alors que les pratiques administratives défaillantes risquent de se généraliser à d’autres domaines du service public.
L’auteur met en garde contre l’indifférence face au traitement réservé aux étrangers en France, car cette défaillance des garanties fondamentales pourrait, à terme, toucher l’ensemble des citoyens. Les pratiques d’indifférence, de dysfonctionnement numérique et d’amateurisme juridique acquises aujourd’hui dans les préfectures pourraient devenir la norme dans d’autres administrations, comme les impôts, les hôpitaux ou l’éducation. L’égoïsme ou l’indifférence face à cette crise reviendrait, selon l’auteur, comme un *boomerang* au visage de la collectivité. En laissant détruire les droits des étrangers sous prétexte qu’ils sont étrangers, la société française prépare sans le savoir la ruine de ses propres droits.

