Des scientifiques ont prélevé des microbes intestinaux de personnes atteintes de schyzophrénie et les ont greffés à des souris – elles ont changé de comportement immédiatement
Greffés à des souris saines, les microbes intestinaux de personnes schizophrènes déclenchent une inflammation de l'intestin et du cerveau. Les animaux deviennent hyperactifs et fuient le contact social.
Le 5 octobre 2026, Ana Raquel Pereira-Santos et Sandra Morais Cardoso, deux chercheuses de l’université de Coimbra au Portugal, ont publié une étude dans la revue Translational Psychiatry. Leur travail explore le lien entre la flore intestinale et le système immunitaire dans le cadre de la schizophrénie. Cette étude est l’une des rares à examiner comment une flore intestinale malade peut influencer les cellules immunitaires du cerveau, tant chez l’animal que chez l’humain. Les chercheurs ont transplanté des microbes intestinaux de patients schizophrènes à des souris saines pour observer les effets sur leur comportement et leur physiologie.
Pour mener leur expérience, les scientifiques ont prélevé des échantillons de selles chez trois patients schizophrènes et trois donneurs en bonne santé. Ces échantillons ont ensuite été transplantés à des souris de type BALB/cByJ, qui conservent normalement leur propre flore intestinale. Résultat : la flore intestinale des souris a été modifiée, notamment dans l’iléon, la partie terminale de l’intestin grêle. La paroi intestinale est devenue plus perméable, laissant passer des molécules qu’elle retient habituellement. Cette perméabilité accrue est un signe de déséquilibre, souvent associé à des problèmes de santé.
Les modifications de la flore intestinale ont provoqué une réaction inflammatoire chez les souris. Deux molécules, l’interleukine 17 et l’interféron gamma, ont vu leur concentration augmenter dans le sang des animaux. Ces molécules sont des messagers de l’inflammation, des signaux que le système immunitaire utilise pour coordonner sa réponse. Parallèlement, les lymphocytes T CD4, des cellules clés de la défense immunitaire, sont devenus moins nombreux. Cette combinaison suggère que les souris ont développé une réponse immunitaire de type Th17 et Th1, deux voies associées à l’inflammation chronique.
L’inflammation déclenchée par les microbes intestinaux a atteint le cerveau des souris, plus précisément le cortex préfrontal, une zone impliquée dans la prise de décision et la mémoire. Dans cette région, les cellules immunitaires du cerveau, appelées microglie, ont changé de forme : leurs ramifications se sont rétractées, un signe qu’elles passent en mode défense. Par ailleurs, les protéines qui maintiennent les connexions entre neurones (synapses) sont devenues moins abondantes dans le cortex préfrontal, ce qui peut altérer le fonctionnement cérébral.
Les souris ayant reçu la flore intestinale des patients schizophrènes ont présenté des comportements inhabituels. Elles sont devenues hyperactives, courant sans but apparent. Dans un labyrinthe en T, utilisé pour évaluer la mémoire de travail, leur capacité à alterner entre deux couloirs opposés a diminué, indiquant un trouble de la mémoire. Enfin, ces souris ont évité le contact social avec leurs congénères, un comportement qui contraste avec celui des souris témoins, qui recherchent normalement la compagnie.
L’étude repose sur un échantillon très limité : seulement trois donneurs schizophrènes et trois donneurs sains ont fourni les échantillons de selles. Les auteurs soulignent qu’il n’existe pas encore de preuve directe d’un lien de cause à effet entre l’inflammation intestinale et les troubles du comportement observés chez les souris. Cependant, cette recherche ouvre une piste prometteuse : cibler la flore intestinale pourrait offrir de nouvelles stratégies pour traiter la schizophrénie. Des études supplémentaires, avec des échantillons plus larges, seront nécessaires pour confirmer ces résultats et explorer les mécanismes sous-jacents.

