El Niño : de l’Amérique latine à l’Asie, comment le monde se prépare
Chaque semaine, “Courrier international” explique ses choix éditoriaux. Dans l’hebdomadaire en kiosque le 17 septembre, nous revenons sur le phénomène El Niño et la façon dont l’hémisphère Sud, notamment, se prépare à faire face à une multiplication d’événements climatiques exceptionnels : sécheresses, inondations, typhons… Comment affronter des bouleversements d’une telle ampleur, s’interroge la presse étrangère..
El Niño est un phénomène climatique naturel qui se produit dans l'océan Pacifique, généralement tous les deux à sept ans. Il se caractérise par une hausse anormale des températures de surface de l'eau dans une zone appelée Niño 3.4, située au centre-est du Pacifique, grande comme les deux tiers de la Chine. Une simple augmentation d'un demi-degré Celsius sur plusieurs mois suffit à déclencher ce phénomène. El Niño perturbe les courants marins et atmosphériques, entraînant des bouleversements climatiques à l'échelle mondiale. Les scientifiques étudient notamment ses effets sur les récifs coralliens depuis l'atoll de Kiritimati, dans l'archipel des Kiribati. Selon The Atlantic, l'épisode en cours en 2026 pourrait être le plus puissant des quatre-vingts dernières années.
El Niño provoque des événements climatiques extrêmes à travers le monde. En 2026, l'été a déjà été marqué par des incendies dévastateurs en Europe, en Amérique du Nord, en Algérie et en Indonésie, ainsi que par des typhons répétés, des sécheresses prolongées et des inondations. Au Népal, une catastrophe naturelle a eu lieu. Ces phénomènes devraient s'intensifier dans les mois à venir, avec des risques accrus de sécheresses en Amérique latine et en Afrique, et de pluies diluviennes en Asie. Les scientifiques soulignent que ces bouleversements, bien que cycliques, laissent présager des changements durables dans le climat mondial après cet épisode.
Plusieurs pays d'Amérique latine se préparent activement à affronter les conséquences d'El Niño. Le Brésil, par exemple, a annoncé la constitution de stocks publics de denrées alimentaires, notamment de riz et de maïs, pour pallier les risques de pertes de récoltes. Cette mesure vise à éviter une crise alimentaire majeure. Aux États-Unis, l'armée américaine a prévu de déployer un navire-hôpital au large du Pérou en février 2027, prêt à intervenir en cas de crues dévastatrices. Ces préparatifs reflètent l'urgence de la situation et la nécessité de limiter les impacts humains et économiques.
En Asie, les pays adoptent des mesures variées pour faire face aux défis posés par El Niño. La Chine renforce ses systèmes de drainage en surface, sous terre et en profondeur pour limiter les risques d'inondations liées aux pluies excessives. L'Inde, anticipant des vagues de chaleur, des sécheresses et des inondations, a constitué des stocks de blé et interdit l'exportation de riz et d'oignons. L'Indonésie mise sur l'ensemencement des nuages pour provoquer des pluies et limiter les risques d'incendies, tandis que le Vietnam adapte les calendriers de semis pour faire face à la salinité accrue des sols. Ces actions illustrent une volonté de s'adapter malgré l'ampleur des défis.
En Afrique, où le risque d'une crise humanitaire majeure est élevé, plusieurs pays tentent d'anticiper les dégâts. Le Kenya a cartographié les zones à risque pour mieux orienter les interventions d'urgence, tandis que le Rwanda renforce ses systèmes d'alerte et sensibilise la population. Le Zimbabwe stocke des céréales pour faire face aux pénuries, et dans la Corne de l'Afrique, des partenaires humanitaires sont sollicités pour limiter l'impact des catastrophes. Ces mesures visent à réduire les déplacements de population et à atténuer les conséquences sociales et économiques des bouleversements climatiques.
El Niño pourrait avoir des répercussions politiques et géopolitiques majeures. Les bouleversements climatiques pourraient exacerber les tensions autour des ressources, notamment alimentaires et hydriques. Les pays du Sud, déjà vulnérables, craignent une crise humanitaire aux conséquences destructrices, avec des risques de pénuries et de tensions sociales. Les préparatifs actuels, bien que nécessaires, soulèvent des questions sur leur efficacité à long terme. Les experts soulignent que ce phénomène, bien que cyclique, pourrait laisser un monde profondément transformé après son passage.

