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Géopolitique

Guinée : cinq ans après son putsch, le bilan contrasté de Mamadi Doumbouya

Courrier International · mis à jour il y a 11 j

Le président guinéen, arrivé au pouvoir par la force en septembre 2021, a loué les actions accomplies et les perspectives pour son pays, tout en restant mutique sur la dérive en ce qui concerne les droits humains..

Putsch de 2021

Le 5 septembre 2021, Mamadi Doumbouya, alors colonel de l’armée guinéenne, a mené un coup d’État contre le président Alpha Condé, mettant fin à plus de dix ans de régime démocratique. Ce putsch a été justifié par les militaires comme une réponse à la dérive autoritaire du gouvernement précédent et à la corruption généralisée. Doumbouya a pris le pouvoir en promettant de restaurer l’ordre constitutionnel et de lutter contre les divisions ethniques qui minent le pays depuis des décennies. Après une période de transition, il a été officiellement élu président de la République en janvier 2026, officialisant ainsi son passage de la junte au pouvoir civil. Cependant, ce changement de statut n’a pas effacé les critiques sur la légitimité de son accession au pouvoir, initialement obtenue par la force.

Bilan politique mitigé

Cinq ans après le putsch, Mamadi Doumbouya présente un bilan qu’il qualifie lui-même de contrasté. D’un côté, il met en avant des avancées symboliques, comme la réduction de l’ethnocentrisme, un terme qui désigne les tensions entre groupes ethniques en Guinée, notamment entre les communautés peule et malinké. Selon lui, cette division historique, qualifiée de poison par les observateurs, aurait reculé de manière irréversible grâce à des réformes administratives. Par exemple, il souligne l’intégration accrue de responsables issus de la communauté peule, historiquement sous-représentée dans les postes clés. Cependant, ces affirmations sont difficilement vérifiables et restent sujettes à caution, faute de données transparentes ou d’études indépendantes. Par ailleurs, son gouvernement est critiqué pour son manque de transparence, notamment sur sa santé et ses déplacements à l’étranger pour des soins, ce qui alimente les spéculations sur sa capacité à diriger le pays.

Projet Simandou 2040

L’un des piliers de la communication de Mamadi Doumbouya concerne le projet Simandou 2040, un ambitieux plan visant à exploiter l’un des plus grands gisements de fer au monde, situé dans la région de Simandou en Guinée. Ce projet, estimé à plusieurs milliards de dollars, est présenté comme une opportunité majeure pour relancer l’économie guinéenne et réduire sa dépendance aux matières premières traditionnelles comme la bauxite. Doumbouya a réitéré son engagement à finaliser ce projet, qui pourrait attirer des investissements étrangers et créer des emplois locaux. Cependant, le projet fait face à des défis majeurs, notamment des tensions géopolitiques avec des puissances comme la Chine et l’Australie, qui convoitent ce gisement. De plus, son avancement réel reste flou, faute de détails concrets sur les calendriers ou les partenariats signés.

Droits humains en recul

Malgré les annonces sur les réformes politiques, le bilan de Mamadi Doumbouya est critiqué pour son manque de progrès en matière de droits humains. L’article souligne que le président est resté mutique sur ce sujet, c’est-à-dire qu’il n’a pas communiqué publiquement sur les mesures prises pour améliorer la situation des libertés fondamentales. Les observateurs locaux et internationaux pointent une dégradation de la liberté de la presse et des restrictions accrues sur les opposants politiques. Par exemple, des journalistes et des militants ont été arrêtés ou harcelés, et les manifestations sont souvent réprimées. Ces pratiques contrastent avec les promesses initiales de la junte de restaurer un État de droit. Les familles des militaires tués lors du putsch de 2021 ont également été mises en avant par Doumbouya, qui a souligné leur sacrifice, mais sans aborder les violations des droits qui ont suivi.

Ce que ça pourrait changer

Depuis son élection en 2026, Mamadi Doumbouya a modifié ses modes de communication, privilégiant désormais sa page officielle sur *Facebook* pour s’adresser à la population. Cette stratégie marque un changement par rapport à ses débuts, où il s’exprimait davantage en public. Cette approche est perçue comme un signe de méfiance envers les médias traditionnels ou comme une volonté de contrôler le récit autour de son action. Par ailleurs, son silence sur des questions sensibles, comme sa santé ou ses déplacements pour des soins à l’étranger, alimente les rumeurs et affaiblit sa crédibilité. Les médias locaux, comme *Le Djely* ou *Alwihdainfo*, soulignent que cette opacité contraste avec les discours officiels sur la transparence et la lutte contre la corruption.

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