Campagne de Charles Milliard : le cri du cœur de libéraux inquiets
Radio-Canada s'est entretenue avec 12 figures importantes du PLQ, très critiques de l'état de la campagne..
Douze figures importantes du Parti libéral du Québec (PLQ) ont exprimé leur inquiétude face à la campagne du parti menée par Charles Milliard, jugée timide et mal organisée. Ces critiques, issus de militants, députés et ministres ayant servi sous Jean Charest et Philippe Couillard, soulignent un risque réel de perdre l’opposition officielle, un statut que le PLQ n’a jamais perdu depuis l’ère de Maurice Duplessis. Certains évoquent même la possibilité de voter pour la Coalition Avenir Québec (CAQ) plutôt que pour le PLQ, perçu comme trop faible. L’inquiétude porte aussi sur l’identité du parti, traditionnellement associé à la gouvernance, et sur la menace d’un troisième référendum sur l’indépendance du Québec.
Malgré les critiques, Charles Milliard est décrit comme un homme brillant, intelligent et à l’écoute, un profil qui correspond aux attentes d’un chef libéral. Il y a quelques mois, les sondages plaçaient le PLQ en position de rivaliser avec le Parti Québécois (PQ) pour obtenir une majorité. Les candidats libéraux actuels sont également perçus comme de grande qualité, offrant un « boulevard d’opportunités » pour le parti. Cependant, son manque d’expérience en politique active est pointé du doigt, d’autant plus que son équipe de campagne est critiquée pour son manque de jugement politique et son incapacité à compenser ce déficit.
L’équipe de Charles Milliard a commis plusieurs erreurs de communication et de stratégie, jugées comme des « flops » par les observateurs. L’autobus de campagne, initialement sans photo du chef, a été critiqué pour son slogan « Réparer » jugé peu inspirant et difficile à mémoriser. Le lancement de la campagne, prévu le 27 août 2026, a été qualifié de « catastrophe » : il a eu lieu en même temps que l’entrée en fonction d’une ministre, limitant sa visibilité médiatique. Le cadre improvisé, comparé défavorablement à celui du Parti Québécois, a renforcé l’image d’un parti mal préparé. Une vidéo d’adresse à la nation, filmée de manière peu professionnelle, a également été moquée, certains la qualifiant de cringe (expression anglophone désignant quelque chose de gênant ou maladroit).
L’équipe de campagne de Charles Milliard a refusé l’aide de plusieurs anciens ténors du PLQ et d’organisateurs politiques expérimentés, malgré leurs propositions d’assistance gratuite. Une ancienne ministre du gouvernement Charest a confirmé que ces propositions n’ont jamais été suivies d’effets. Un organisateur ayant travaillé pour le Parti libéral du Canada (PLC) a également été approché, mais le PLQ a finalement ignoré ses services, évoquant une perception de toxicité entre les deux partis. Cette fermeture a privé le parti d’une expertise précieuse, alors que des élections fédérales et provinciales ont été perdues récemment. L’équipe de Charles Milliard a répondu que l’équipe actuelle représente à la fois l’expérience politique du PLQ et un besoin de renouveau.
Malgré les critiques sévères, certains libéraux conservent un optimisme prudent. Une ex-élue a déclaré : « Tout peut arriver », soulignant que les décisions des électeurs se prennent souvent dans la dernière semaine avant le vote. Une ancienne personnalité du gouvernement Charest a également rappelé que les campagnes électorales peuvent connaître des retournements de situation. L’équipe de Charles Milliard a reconnu des lacunes dans la communication et promis de s’adapter. Le chef a admis la semaine dernière qu’il devait communiquer davantage avec les Québécois, tout en maintenant que la campagne évolue en fonction des retours du terrain.

