Une prometteuse découverte d’uranium ravive les ambitions nucléaires des Philippines
Une équipe de chercheurs philippins a identifié un potentiel gisement d’uranium dans le nord de l’archipel. Une découverte qui suscite l’enthousiasme, dans la mesure où le pays envisage de développer l’énergie nucléaire dans les prochaines années..
Une équipe de chercheurs philippins, composée de l’université des Philippines à Diliman, du département des sciences et de la technologie (Dost) et de l’Institut de recherche nucléaire des Philippines, en collaboration avec l’université d’Akita au Japon, a annoncé le 25 septembre 2026 avoir identifié un gisement d’uranium dans le district de Larap-Paracale, situé dans la province de Camarines Norte, au nord des Philippines. Cette découverte est présentée comme la première significative après des décennies d’explorations dans cette région. Les analyses ont confirmé la présence d’oxydes d’uranium (ou uraninite), un minerai contenant de l’uranium, sous forme de yellow cake après traitement. Le yellow cake est un concentré d’uranium utilisé comme matière première intermédiaire dans le cycle du combustible nucléaire, qui désigne l’ensemble des étapes allant de l’extraction du minerai à la gestion des déchets radioactifs. Cette découverte relance l’intérêt pour l’exploitation minière dans une zone où des recherches étaient menées depuis longtemps sans résultats concrets jusqu’ici.
Bien que la présence d’uranium ait été confirmée, les chercheurs doivent désormais déterminer la quantité exacte de minerai présente dans le sous-sol pour évaluer l’intérêt économique du site. Cette évaluation nécessite des études géologiques, radiométriques et géophysiques détaillées, ainsi que des forages systématiques et l’analyse des carottes prélevées. Ces étapes sont essentielles pour estimer la viabilité économique du gisement, c’est-à-dire sa capacité à être exploité de manière rentable. Sans ces données, il est impossible de savoir si l’exploitation sera réalisable ou si le site restera inexploité malgré sa découverte. Les Philippines n’ont jamais produit d’uranium à grande échelle jusqu’à présent, et cette découverte pourrait changer la donne si les réserves s’avèrent suffisantes.
Les Philippines envisagent depuis plusieurs années de développer l’énergie nucléaire pour diversifier leur mix énergétique et réduire leur dépendance aux énergies fossiles. Le pays possède déjà une infrastructure nucléaire : la centrale de Bataan, construite il y a quarante ans près de Morong, n’a cependant jamais été mise en service. Le gouvernement actuel étudie la possibilité de la réactiver, tout en explorant d’autres options pour produire de l’électricité à partir de l’uranium. La découverte d’un gisement national pourrait accélérer ces projets en réduisant la dépendance aux importations de combustible nucléaire. Cependant, l’exploitation de l’uranium soulève des questions environnementales et de sécurité, notamment en raison des risques liés à la radioactivité et à la gestion des déchets.
Cette découverte est le fruit d’une collaboration entre des institutions philippines et japonaises. L’université d’Akita, au Japon, a joué un rôle clé dans l’analyse des échantillons et la confirmation de la présence d’uranium. Le Japon, qui a une longue expérience dans le domaine nucléaire, pourrait apporter son expertise technique et financière pour aider les Philippines à exploiter ce gisement. Cette coopération s’inscrit dans un contexte plus large où le Japon cherche à diversifier ses partenariats énergétiques, notamment après la crise de Fukushima en 2011, qui a marqué un tournant dans sa politique nucléaire. Les échanges entre les deux pays pourraient donc s’intensifier si les Philippines décident de développer leur industrie nucléaire.
Si la découverte d’uranium est une avancée majeure pour les Philippines, plusieurs défis doivent encore être surmontés avant une éventuelle exploitation. D’abord, il faudra réaliser des études approfondies pour confirmer la taille et la qualité du gisement. Ensuite, le pays devra mettre en place une réglementation stricte pour encadrer l’extraction et l’utilisation de l’uranium, en tenant compte des risques environnementaux et sanitaires. Enfin, les Philippines devront convaincre la population et les investisseurs de la sécurité et de la rentabilité de ce projet, dans un contexte où l’énergie nucléaire reste controversée dans de nombreux pays. La centrale de Bataan, jamais utilisée, rappelle d’ailleurs les risques liés à une mauvaise gestion des projets nucléaires.

