Le Collège des médecins veut que la pratique auprès des itinérants devienne une AMP
Au Québec, les médecins de famille doivent consacrer une partie de leur pratique à des activités médicales particulières..
Le nombre de personnes en situation d’itinérance au Québec a augmenté de 20 % depuis 2022, selon un dénombrement effectué en 2025. Ce dernier recense 12 077 personnes en situation d’itinérance visible dans la province, dont 40 % se trouvent à Montréal. Cette hausse reflète une tendance préoccupante, qui s’inscrit dans un contexte où les enjeux sociaux et économiques exacerbent les vulnérabilités. L’itinérance visible désigne les personnes sans abri qui vivent dans l’espace public, par opposition à l’itinérance cachée, qui inclut celles logées de manière précaire ou instable.
Vivre dans la rue a des conséquences graves sur la santé. Les personnes itinérantes présentent un vieillissement prématuré et une espérance de vie réduite, estimée entre 40 et 50 ans, contre plus de 80 ans pour la population générale. De plus, leurs problèmes de santé sont souvent moins détectés en raison des difficultés d’accès aux soins. Ces constats soulignent l’urgence d’adapter les pratiques médicales pour mieux répondre à leurs besoins spécifiques. Le Collège des médecins du Québec (CMQ) souligne que cette population est particulièrement exposée aux troubles de santé mentale et aux addictions.
Le Collège des médecins du Québec (CMQ) propose de désigner la pratique médicale auprès des personnes itinérantes comme une activité médicale particulière (AMP). Actuellement, les médecins de famille doivent consacrer une partie de leur pratique à des AMP, comme les soins en CHSLD, en obstétrique ou à l’urgence. En ajoutant les soins aux itinérants à cette liste, le CMQ souhaite formaliser et reconnaître cette responsabilité dans la formation et la pratique des médecins. Cette mesure vise à améliorer l’accès aux soins pour une population souvent marginalisée.
Le CMQ formule plusieurs recommandations pour mieux répondre aux besoins des personnes itinérantes. Il suggère d’intégrer des questions sur le logement dans les évaluations médicales de base, par exemple : « La personne dispose-t-elle d’un logement sécuritaire ? Craint-elle de le perdre ? ». Il propose également d’adapter les protocoles de triage à l’urgence pour tenir compte de leurs réalités, notamment en mettant en place des corridors prioritaires pour les soins en santé mentale. Enfin, il recommande de reconnaître le logement comme un déterminant social de la santé, un facteur clé influençant l’état de santé d’une personne.
Pour renforcer les compétences des médecins, le CMQ recommande d’intégrer des formations spécifiques et des stages en milieu communautaire dans les cursus médicaux. Ces initiatives visent à sensibiliser les futurs médecins aux réalités de l’itinérance, à leurs propres biais et préjugés, et à adopter une approche plus adaptée. Le rapport cite des témoignages de personnes ayant vécu l’itinérance, comme « Faites attention au paternalisme. Soyez conscients de vos propres biais », soulignant l’importance d’une relation de soins basée sur l’écoute et le respect.
Le CMQ adresse des recommandations à Santé Québec et au gouvernement, notamment pour reconnaître officiellement le logement comme un déterminant social de la santé. Cette reconnaissance pourrait entraîner des politiques publiques plus inclusives, comme des mesures de prévention de l’itinérance ou des programmes de logement social. Le groupe de réflexion sur l’itinérance, créé en février 2026, a réuni une vingtaine d’intervenants, dont des personnes ayant vécu l’itinérance, pour éclairer ces propositions.

