Que proposent les partis pour les premiers acheteurs?
«Le Devoir» fait un survol des promesses des principaux partis en matière de logement..
Le logement est un enjeu majeur de la campagne électorale québécoise en 2026, avec 66 % des électeurs de la génération Z et 45 % des millénariaux déclarant que la position des partis sur l’abordabilité du logement influencera leur vote. Les partis politiques ont donc multiplié les promesses pour répondre à cette préoccupation. La Coalition avenir Québec (CAQ) a été la première à proposer un remboursement de la taxe de bienvenue aux premiers acheteurs, jusqu’à 5 875 $, dès avril 2026. Cette taxe, aussi appelée droit de mutation immobilière, est une somme payée lors de l’achat d’un bien immobilier, calculée en pourcentage de la valeur du logement.
Plusieurs partis proposent d’augmenter les crédits d’impôt pour les premiers acheteurs. La CAQ et le Parti libéral du Québec (PLQ) veulent porter le crédit d’impôt maximal de 1 400 $ à 7 000 $. Le Parti québécois (PQ) propose un crédit maximal de 3 000 $. Ces mesures visent à réduire le coût d’achat d’une première propriété. Le PQ va plus loin en proposant de rembourser la taxe de vente du Québec (TVQ) jusqu’à 45 000 $ pour les acheteurs de maisons neuves ou en autoconstruction. La TVQ est une taxe provinciale de 9,975 % appliquée sur la plupart des biens et services au Québec.
Québec solidaire (QS) propose une aide financière pour la mise de fonds des premiers acheteurs, sous forme de financement public. Ce programme permettrait d’obtenir jusqu’à 15 % de la valeur d’une maison neuve et 5 % pour une maison existante, avec un maximum de 50 000 $. Cette somme devrait être remboursée lors de la vente du logement. L’objectif est d’aider plus de 25 000 Québécois à accéder à la propriété chaque année. Jean-Philippe Meloche, professeur à l’Université de Montréal, souligne que ces mesures ciblent une clientèle électoralement stratégique, mais qu’elles ne résolvent pas les problèmes structurels du marché immobilier.
Pour augmenter l’offre de logements et faire baisser les prix, les partis proposent des mesures pour accélérer la construction. Le PLQ veut construire 100 000 logements par an, en réduisant la bureaucratie et en utilisant des méthodes de construction préfabriquée. Le PQ et le Parti conservateur du Québec (PCQ) misent aussi sur la simplification des règles administratives pour faciliter les projets immobiliers. Jean-Philippe Meloche note que certaines réglementations, bien que nécessaires, contiennent des incohérences qui freinent la construction. Il précise que toutes les règles ne sont pas superflues, mais qu’il existe des marges d’amélioration.
Québec solidaire se distingue en proposant des mesures pour les locataires, souvent moins mises en avant par les autres partis. QS veut instaurer un contrôle des loyers pendant un an, en limitant les hausses à l’inflation, le temps de réviser le calcul des augmentations. Le parti propose aussi un registre national des loyers pour transparence et des mesures pour protéger les locataires devant le Tribunal administratif du logement (TAL), comme le traitement anonyme des dossiers. QS souhaite également lutter contre l’hébergement touristique illégal, qui réduit l’offre de logements locatifs. Le PLQ propose quant à lui d’ajouter 40 000 logements abordables au parc locatif. Le PCQ privilégie des allocations directes aux personnes les plus démunies plutôt que des investissements publics dans la construction.
Jean-Philippe Meloche met en garde contre les effets pervers possibles des aides aux premiers acheteurs. En injectant des fonds publics pour stimuler la demande, les partis pourraient, sans le vouloir, aggraver la *crise du logement* en faisant monter les prix. Les mesures actuelles, bien qu’utiles pour certains, ne changent pas les conditions de base du marché immobilier. Meloche souligne aussi que les promesses électorales négligent souvent les locataires et la question de l’itinérance, pourtant cruciale. Tous les chefs de partis reconnaissent l’importance de ce problème, mais aucun ne propose de solution à la hauteur de son ampleur.

